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Hector Malot - En famille

celles des usines; ce sont celles des machines électriques pour éclairer le château, et des chaudières à
vapeur pour le chauffer ainsi que les serres. Et ce que c'est beau là dedans; il y a de l'or partout. On dit

que Messieurs les neveux voudraient bien habiter là avec M. Vulfran, mais que lui ne veut pas d'eux et

qu'il aime mieux vivre tout seul, manger tout seul. Ce qu'il y a de certain, c'est qu'il les a logés, un dans

son ancienne maison qui est à la sortie des ateliers et l'autre à côté; comme ça ils sont plus près pour

arriver aux bureaux; ce qui n'empêche pas qu'ils ne soient quelquefois en retard tandis que leur oncle qui

est le maître, qui a soixante-cinq ans, qui pourrait se reposer, est toujours là, été comme hiver, beau

temps comme mauvais temps, excepté le dimanche, parce que le dimanche on ne travaille jamais, ni lui

ni personne, c'est pour cela que vous ne voyez pas les cheminées fumer.»

Après avoir repris le panier elles ne tardèrent pas à avoir une vue d'ensemble sur les ateliers; mais Perrine
n'aperçut qu'une confusion de bâtiments, les uns neufs, les autres vieux, dont les toits en tuiles ou en

ardoises se groupaient autour d'une énorme cheminée qui écrasait les autres de sa masse grise, dans

presque toute sa hauteur, noire au sommet.

D'ailleurs elles atteignaient les premières maisons éparses dans des cours plantées de pommiers
malingres et l'attention de Perrine était sollicitée par ce qu'elle voyait autour d'elle: ce village dont elle

avait si souvent entendu parler.

Ce qui la frappa surtout, ce fut le grouillement des gens: hommes, femmes, enfants endimanchés autour
de chaque maison, ou dans des salles basses dont les fenêtres ouvertes laissaient voir ce qui se passait à

l'intérieur: dans une ville l'agglomération n'eût pas été plus tassée; dehors on causait les bras ballants,

d'un air vide, désorienté; dedans on buvait des boissons variées qu'à la couleur on reconnaissait pour du

cidre, du café ou de l'eau-de- vie, et l'on tapait les verres ou les tasses sur les tables avec des éclats de

voix qui ressemblaient à des disputes.

«Que de gens qui boivent! dit Perrine.

- Ce serait bien autre chose si nous étions un dimanche qui suit la paye de quinzaine; vous verriez
combien il y en a qui, dès midi, ne peuvent plus boire.»

Ce qu'il y avait de caractéristique dans la plupart des maisons devant lesquelles elles passaient, c'était que
presque toutes si vieilles, si usées, si mal construites qu'elles fussent, en terre ou en bois hourdé d'argile,

affectaient un aspect de coquetterie au moins dans la peinture des portes et des fenêtres qui tirait l'oeil

comme une enseigne. Et en effet c'en était une; dans ces maisons on louait des chambres aux ouvriers, et

cette peinture, à défaut d'autres réparations, donnait des promesses de propreté, qu'un simple regard jeté

dans les intérieurs démentait aussitôt.

«Nous arrivons, dit Rosalie en montrant de sa main libre une petite maison en briques qui barrait le
chemin dont une haie tondue aux ciseaux la séparait; au fond de la cour et derrière se trouvent les

bâtiments qu'on loue aux ouvriers: la maison, c'est pour le débit, la mercerie; et au premier étage sont les

chambres des pensionnaires.»

Dans la haie, une barrière en bois s'ouvrait sur une petite cour, plantée de pommiers, au milieu de
laquelle une allée empierrée d'un gravier grossier conduisait à la maison. À peine avaient- elles fait

quelques pas dans cette allée, qu'une femme, jeune encore, parut sur le seuil et cria:

«Dépêche té donc, caleuse, en v'la eine affaire pour aller à Picquigny, tu t'auras assez câliné.

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