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Hector Malot - En famille
père, pour des affaires, quand il a été envoyé dans l'Inde où il devait acheter le jute... Mais si vous ne savez pas ce que c'est qu'une cannetière, vous ne devez pas connaître le jute?
- Une herbe?
- Un chanvre, un grand chanvre qu'on récolte aux Indes et qu'on file, qu'on tisse, qu'on teint dans les usines de Maraucourt; c'est le jute qui a fait la fortune de M. Vulfran Paindavoine. Vous savez il n'a pas toujours été riche M. Vulfran: il a commencé par conduire lui-même sa charrette dans laquelle il portait le fil et rapportait les pièces de toile que tissaient les gens du pays chez eux, sur leurs métiers. Je vous dis ça parce qu'il ne s'en cache pas.»
Elle s'interrompit:
«Voulez-vous que nous changions de bras?
- Si vous voulez, mademoiselle... Comment vous appelez-vous?
- Rosalie.
- Si vous voulez, mademoiselle Rosalie.
- Et vous, comment que vous vous nommez?»
Perrine ne voulut pas dire son vrai nom, et elle en prit un au hasard:
«Aurélie.
- Changeons donc de bras, mademoiselle Aurélie?»
Quand, après un court repos, elles reprirent leur marche cadencée, Perrine revint tout de suite à ce qui l'intéressait:
«Vous disiez que M. Edmond Paindavoine était parti fâché avec son père.
- Et quand il a été dans l'Inde ils se sont fâchés bien plus fort encore, parce que M. Edmond se serait marié là-bas avec une fille du pays par un mariage qui ne compte pas, tandis qu'ici M. Vulfran voulait lui faire épouser une demoiselle qui était de la plus grande famille de toute la Picardie; c'est pour ce mariage, pour établir son fils et sa bru, que M. Vulfran a construit son château qui a coûté des millions et des millions. Malgré tout, M. Edmond n'a pas voulu se séparer de sa femme de là-bas pour prendre la demoiselle d'ici et ils se sont fâchés tout à fait, si bien que maintenant on ne sait seulement pas si M. Edmond est vivant, ou s'il est mort. Il y en a qui disent d'un sens, d'autres qui disent le contraire; mais on ne sait rien puisqu'on est sans nouvelles de lui depuis des années et des années... à ce qu'on raconte, car M. Vulfran n'en parle à personne et ses neveux n'en parlent pas non plus.
- Il a des neveux M. Vulfran?
- M. Théodore Paindavoine, le fils de son frère, et M. Casimir Bretoneux, le fils de sa soeur qu'il a pris avec lui pour l'aider. Si M. Edmond ne revient pas, la fortune et toutes les usines de M. Vulfran seront pour eux.
- C'est curieux cela.
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