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Hector Malot - En famille

l'imagination représentait si faciles et que la réalité n'offrait nulle part.

Cependant il y avait urgence à ce que l'une ou l'autre de ces bonnes chances s'accomplit au plus tôt, car
les malaises qu'elles avait ressentis la veille se répétaient si intenses par moments, qu'elle commençait à

craindre de ne pas pouvoir continuer son chemin: maux de coeur, nausées, alourdissements, bouffées de

sueurs qui lui cassaient bras et jambes.

Elle n'avait pas à chercher la cause de ces troubles, son estomac la lui criait douloureusement, et comme
elle ne pouvait pas répéter l'expérience de la veille avec les branches de bouleau, qui lui avait si mal

réussi, elle se demandait ce qui adviendrait, après qu'un étourdissement plus fort que les autres l'aurait

forcée à s'asseoir sur l'un des bas côtés de la route.

Pourrait-elle se relever?

Et, si elle ne le pouvait pas, devrait-elle mourir là sans que personne lui tendît la main?

La veille, si on lui avait dit, quand par un effort désespéré elle avait gagné la cabane de la forêt, qu'à un
moment donné elle accepterait sans révolte cette idée d'une mort possible par faiblesse et abandon de soi,

elle se serait révoltée: ne se sauvent-ils pas ceux qui luttent jusqu'au bout?

Mais la veille ne ressemblait pas au jour présent: la veille elle avait un reste de force qui maintenant lui
manquait, sa tête était solide, maintenant elle vacillait.

Elle crut qu'elle devait se ménager, et chaque fois qu'une faiblesse la prit elle s'assit sur l'herbe pour se
reposer quelques instants.

Comme elle s'était arrivée devant un champ de pois, elle vit quatre jeunes filles, à peu près du même âge
qu'elle, entrer dans ce champ sous la direction d'une paysanne et en commencer la cueillette. Alors,

ramassant tout son courage, elle franchit le fossé de la route et se dirigea vers la paysanne; mais celle-ci

ne la laissa pas venir:

«Qué que tu veux? dit-elle.

- Vous demander si vous voulez que je vous aide.

- Je n'avons besoin de personne.

- Vous me donnerez ce que vous voudrez.

- D'où que t'es?

- De Paris.»

Une des jeunes filles leva la tête et lui jetant un mauvais regard, elle cria:

«C'te galvaudeuse qui vient de Paris pour prendre l'ouvrage du monde.

- On te dit qu'on n'a besoin de personne,» continua la paysanne.

Il n'y avait qu'à repasser le fossé et à se remettre en marche, ce qu'elle fit, le coeur gros et les jambes
cassées.

«V'la les gendarmes, cria une autre, sauve-toi.»

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