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Hector Malot - En famille

servait à fabriquer des boissons; donc, ce n'était pas un arbre vénéneux qui l'empoisonnerait; mais la
nourrirait-il?

C'était une expérience à tenter. Avec son couteau, elle coupa quelques branches feuillues, et, les divisant
en petits morceaux très courts, elle commença à en mâcher un.

Bien dur elle le trouva, quoique ses dents fussent solides, bien âpre, bien amer; mais ce n'était pas comme
friandise qu'elle le mangeait; si mauvais qu'il fût, elle ne se plaindrait pas pourvu qu'il apaisât sa faim et

la nourrît. Cependant, elle n'en put avaler que quelques morceaux, et encore cracha-t-elle presque tout le

bois, après l'avoir tourné et retourné inutilement dans sa bouche; les feuilles passèrent moins

difficilement.

Pendant qu'elle faisait sa toilette, raccommodait ses bas, et tâchait de souper avec les branches du
bouleau, les heures avaient marché, et quoique le ciel, toujours troublé de pluie, ne permît pas de suivre

la baisse du soleil, il semblait à l'obscurité qui, depuis un certain temps, emplissait la forêt, que la nuit

devait approcher. En effet, elle ne tarda pas à venir, et elle se fit sombre comme dans les journées sans

crépuscule; la pluie cessa de tomber, un brouillard blanc s'éleva aussitôt, et, en quelques minutes, Perrine

se trouva plongée dans l'ombre et le silence: à dix pas, elle ne voyait pas devant elle, et, à l'entour,

comme au loin, elle n'entendait plus d'autre bruit que celui des gouttes d'eau qui tombaient des branches

sur son toit ou dans les flaques voisines.

Quoique préparée à l'idée de coucher là, elle n'en éprouva pas moins un serrement de coeur en se
trouvant ainsi isolée, et perdue dans cette forêt, en plein noir. Sans doute, elle venait de passer, à cette

même place, une partie de la journée, sans courir d'autre danger que celui d'être foudroyée, mais, la forêt

le jour n'est pas la forêt la nuit, avec son silence solennel et ses ombres mystérieuses, qui disent et

laissent voir tant de choses troublantes.

Aussi ne put-elle pas s'endormir tout de suite, comme elle l'aurait voulu, agitée par les tiraillements de
son estomac, effarée par les fantômes de son imagination.

Quelles bêtes peuplaient cette forêt? Des loups peut-être?

Cette pensée la tira de sa somnolence, et, s'étant relevée, elle prit un solide bâton, qu'elle aiguisa d'un
bout avec son couteau, puis elle se fit un entourage de fagots. Au moins si un loup l'attaquait, elle

pourrait, de derrière son rempart, se défendre; certainement, elle en aurait le courage. Cela la rassura, et

quand elle se fut recouchée dans son lit de copeaux, en tenant son épieu à deux mains, elle, ne tarda pas à

s'endormir.

Ce fut un chant d'oiseau qui l'éveilla, grave et triste, aux notes pleines et flûtées, qu'elle reconnut tout de
suite pour celui du merle. Elle ouvrit les yeux, et vit qu'au-dessus de ses fagots, une faible lueur blanche

perçait l'obscurité de la forêt, dont les arbres et les cépées se détachaient en noir sur le fond pâle de

l'aube: c'était le matin.

La pluie avait cessé, pas un souffle de vent n'agitait les feuilles lourdes, et dans toute la forêt régnait un
silence profond que déchirait seulement ce chant d'oiseau, qui s'élevait au-dessus de sa tête, et auquel

répondaient au loin d'autres chants, comme un appel matinal, se répétant, se prolongeant de canton en

canton.

Elle écoutait, en se demandant si elle devait se lever déjà et reprendre son chemin, quand un frisson la

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