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Hector Malot - En famille

encore s'exposer à être inondée que foudroyée.

Elle n'avait pas fait vingt pas que quelques gouttes de pluie larges et épaisses s'abattirent, et elle crut que
c'était l'averse qui commençait; mais elle ne dura point, emportée par le vent, coupée par les commotions

du tonnerre qui la refoulaient.

Enfin elle entrait dans le bois, mais l'obscurité s'était faite si noire que ses yeux ne pouvaient pas le
sonder bien loin, cependant à la lueur d'un coup de foudre elle crut apercevoir, à une courte distance, une

cabane à laquelle conduisait un mauvais chemin creusé de profondes ornières, elle se jeta dedans, au

hasard.

De nouveaux éclairs lui montrèrent qu'elle ne s'était pas trompée: c'était bien un abri que des bûcherons
avaient construit en fagots, pour travailler sous son toit fait de bourrées, à l'abri du soleil et de la pluie.

Encore cinquante pas, encore dix et elle échappait à la pluie. Elle les franchit, et, à bout de forces,

épuisée par sa course, étouffée par son émoi, elle s'affaissa sur le lit de copeaux qui couvrait le sol.

Elle n'avait pas repris sa respiration qu'un fracas effroyable emplit la forêt, avec des craquements à croire
qu'elle allait être emportée; les grands arbres que la coupe du sous-bois avait isolés se courbaient, leurs

tiges se tordaient, et des branches mortes tombaient partout avec des bruits sourds, écrasant les jeunes

cépées.

La cabane pourrait-elle résister à cette trombe, ou dans un balancement plus fort que les autres
n'allait-elle pas s'effondrer?

Elle n'eut pas le temps de réfléchir, une grande flamme accompagnée d'une terrible poussée la jeta à la
renverse, aveuglée et abasourdie en la couvrant de branches. Quand elle revint à elle, tout on se tâtant

pour voir si elle était encore en vie, elle aperçut à une courte distance, tout blanc dans l'obscurité, un

chêne que le tonnerre venait de frapper, en le dépouillant du haut en bas de son écorce, projetée à

l'entour, et qui, en tombant sur la cabane, l'avait bombardée de ses éclats; le long de son tronc nu deux de

ses maîtresses branches pendaient tordues à la base; secouées par le vent, elles se balançaient avec des

gémissements sinistres.

Comme elle regardait effarée, tremblante, épouvantée à la pensée de la mort qui venait de passer sur elle,
et si près que son souffle terrible l'avait couchée sur le sol, elle vit le fond du bois se brouiller, en même

temps qu'elle entendit un roulement extraordinaire plus puissant que ne le serait celui d'un train rapide, -

c'était la pluie et la grêle qui s'abattaient sur la forêt; la cabane craqua du haut en bas, son toit ondula sous

la bourrasque, mais elle ne s'effondra pas.

L'eau ne tarda pas à rouler en cascades sur la pente que les bûcherons avaient inclinée au nord, et, sans se
faire mouiller, Perrine n'eut qu'à étendre le bras pour boire à sa soif dans le creux de sa main.

Maintenant elle n'avait qu'à attendre que l'orage fût passé; puisque la hutte avait résisté à ces deux assauts
furieux, elle supporterait bien les autres, et aucune maison, si solide qu'elle fût, ne vaudrait pour elle cette

cabane de branchages dont elle était maîtresse. Cette pensée la remplit d'un doux bien-être qui, succédant

aux efforts qu'elle venait de faire, à ses angoisses, à ses affres, l'engourdit; et malgré le tonnerre qui

continuait ses coups de foudre et ses roulements, malgré la pluie qui tombait à flots, malgré le vent et son

fracas à travers les arbres, malgré la tempête déchaînée dans les airs et sur la terre, s'allongeant au milieu

des copeaux qui lui servaient d'oreiller, elle s'endormit avec un sentiment de soulagement et de confiance

qu'elle ne connaissait plus depuis longtemps: c'était donc bien vrai, que se sauvent ceux qui ont le

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