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Hector Malot - En famille

mains sur ses yeux et sur sa bouche; ces détonations la relevèrent. Si tout d'abord, affolée par la soif, elle
n'avait pensé qu'à la pluie, le tonnerre en la secouant lui rappelait qu'il n'y a pas que de la pluie dans un

orage; mais aussi des éclairs aveuglants, des torrents d'eau, de la grêle, des coups de foudre.

Où s'abriterait-elle dans cette vaste plaine nue? Et si sa robe était traversée, comment la ferait-elle
sécher?

Dans les derniers tourbillons de poussière qu'emportait la trombe, elle aperçut devant elle à deux
kilomètres environ la lisière d'un bois à travers lequel s'enfonçait la route, et elle se dit que là peut-être

elle trouverait un refuge, une carrière, un trou où elle se terrerait.

Elle n'avait pas de temps à perdre: l'obscurité s'épaississait, et les roulements du tonnerre se
prolongeaient maintenant indéfiniment, dominés à des intervalles irréguliers par un éclat plus formidable

que les autres, qui suspendait, sur la plaine et dans le ciel, tout mouvement, tout bruit comme s'il venait

d'anéantir la vie de la terre.

Arriverait-elle au bois avant l'orage? Tout en marchant aussi vite que sa respiration haletante le
permettait, elle tournait parfois la tête en arrière, et le voyait fondre sur elle au galop furieux de ses

nuages noirs; et, de ses détonations, il la poursuivait en l'enveloppant d'un immense cercle de feu.

Dans les montagnes, en voyage, elle avait plus d'une fois été exposée à de terribles orages, mais alors elle
avait son père, sa mère qui la couvraient de leur protection, tandis que maintenant elle se trouvait seule,

au milieu de cette campagne déserte, pauvre oiseau voyageur surpris par la tempête.

Elle eût dû marcher contre elle qu'elle n'eût certainement pas pu avancer, mais par bonheur le vent la
poussait, et si fort, que par instants il la forçait à courir.

Pourquoi ne garderait-elle pas cette allure? La foudre n'était pas encore au-dessus d'elle.

Les coudes serrés à la taille, le corps penché en avant, elle se mit à courir, en se ménageant cependant
pour ne pas tomber à bout de souffle; mais, si vite qu'elle courut, l'orage courait encore plus vite qu'elle,

et sa voix formidable lui criait dans le dos qu'il la gagnait.

Si elle avait été dans son état ordinaire elle aurait lutté plus énergiquement, mais fatiguée, affaiblie, la
tête chancelante, la bouche sèche, elle ne pouvait pas soutenir un effort désespéré, et par moment le coeur

lui manquait.

Heureusement le bois se rapprochait, et maintenant elle distinguait nettement ses grands arbres que des
abatis récents avaient clairsemés.

Encore quelques minutes, elle arrivait; au moins elle touchait sa lisière, qui pouvait lui donner un abri
que la plaine certainement ne lui offrirait pas; et il suffisait que cette espérance présentât une chance de

réalisation, si faible qu'elle fut, pour que son courage ne l'abandonnât pas: que de fois son père lui avait-il

répété que dans le danger les chances de se sauver sont à ceux qui luttent jusqu'au bout!

Et elle luttait soutenue par cette pensée, comme si la main de son père tenait encore la sienne et
l'entraînait.

Un coup plus sec, plus violent que les autres, la cloua au sol couvert de flammes; cette fois le tonnerre ne
la poursuivait plus, il l'avait rejointe, il était sur elle; il fallait qu'elle ralentît sa course, car mieux valait

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