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Hector Malot - En famille
Elle joignit les mains et son regard prit une expression d'extase:
«Je te vois, ... oui je te vois heureuse.... Ah! que je meure avec cette pensée, et l'espérance de vivre à jamais dans ton coeur.»
Cela fut dit avec l'exaltation d'une prière qu'elle jetait vers le ciel; puis aussitôt, comme si elle s'était épuisée dans cet effort, elle retomba sur son matelas, à bout, inerte, mais non syncopée cependant, ainsi que le prouvait sa respiration pantelante.
Perrine attendit quelques instants, puis, voyant que sa mère restait dans cet état, elle sortit. À peine fut-elle dans l'enclos qu'elle éclata en sanglots et se laissa tomber sur l'herbe: le coeur, la tête, les jambes lui manquaient pour s'être trop longtemps contenue.
Pendant quelques minutes elle resta là brisée, suffoquée, puis, comme malgré son anéantissement la conscience persistait en elle qu'elle ne devait pas laisser sa mère seule, elle se leva pour tâcher de se calmer un peu, au moins à la surface, en arrêtant ses larmes et ses spasmes de désespoir.
Et par le clos qui s'emplissait d'ombres elle allait, sans savoir où, droit devant elle ou tournant sur elle-même, ne contenant ses sanglots que pour les laisser éclater plus violents.
Comme elle passait ainsi devant le wagon pour la dixième fois peut-être, le marchand de sucre qui l'avait observée sortit de chez lui, deux bâtons de guimauve à la main et s'approchant d'elle:
«Tu as du chagrin, ma fille, dit-il d'une voix apitoyée.
- Oh! monsieur...
- Eh bien, tiens, prends ça, - il tendit ses bâtons de sucre, les douceurs c'est bon pour la peine.»
VI
L'aumônier des dernières prières venait de se retirer, et Perrine restait devant la fosse, quand la Marquise, qui ne l'avait pas quittée, passa son bras sous le sien:
«Il faut venir, dit-elle.
- Oh! Madame....
- Allons, il faut venir», répéta-t-elle avec autorité.
Et lui serrant le bras, elle l'entraîna.
Elles marchèrent ainsi pendant quelques instants, sans que Perrine eût conscience de ce qui se passait autour d'elle et comprît où l'on pouvait la conduire: sa pensée, son esprit, son coeur, sa vie étaient restés avec sa mère.
Enfin on s'arrêta dans une allée déserte et elle vit autour d'elle la Marquise qui l'avait lâchée, Grain de Sel, La Carpe et le marchand de sucre, mais ce fut vaguement qu'elle les reconnut: la Marquise avait des rubans noirs à son bonnet, Grain de Sel était habillé en monsieur et coiffé d'un chapeau à haute forme, La Carpe avait remplacé son éternel tablier de cuir par une redingote noisette qui lui descendait jusqu'aux pieds, et le marchand de sucre sa veste de coutil blanc par un veston de drap; car tous, en vrais Parisiens qui pratiquent le culte de la Mort, avaient tenu à se mettre en grande tenue pour honorer celle qu'ils
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