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Hector Malot - En famille
jupe large on loques; mais la misère de l'existence n'enlevait cependant rien à la fierté de l'attitude de celle qui la portait.
Comme l'âne se trouvait placé derrière une haute et large voilure de foin, la surveillance en eût été facile si de temps en temps il ne s'était pas amusé à happer une goulée d'herbe, qu'il tirait discrètement avec précaution, en animal intelligent qui sait très bien qu'il est en faute.
«Palikare, veux-tu finir!»
Aussitôt il baissait la tête comme un coupable repentant, mais dès qu'il avait mangé son foin en clignant de l'oeil et en agitant ses oreilles, il recommençait avec un empressement qui disait sa faim.
À un certain moment, comme elle venait de le gronder pour la quatrième ou cinquième fois, une voix sortit de la voiture, appelant:
«Perrine!»
Aussitôt sur pied, elle souleva un rideau et entra dans la voiture, où une femme était couchée sur un matelas si mince qu'il semblait collé au plancher.
«As-tu besoin de moi, maman?
- Que fait donc Palikare?
- Il mange le foin de la voiture qui nous précède.
- Il faut l'en empêcher.
- Il a faim.
- La faim ne nous permet pas de prendre ce qui ne nous appartient pas; que répondrais-tu au charretier de cette voiture s'il se fâchait?
- Je vais le tenir de plus près.
- Est-ce que nous n'entrons pas bientôt dans Paris?
- Il faut attendre pour l'octroi.
- Longtemps encore?
- Tu souffres davantage?
- Ne t'inquiète pas; l'étouffement du renfermé; ce n'est rien», dit-elle d'une voix haletante, sifflée plutôt qu'articulée.
C'étaient là les paroles d'une mère qui veut rassurer sa fille; en réalité elle se trouvait dans un état pitoyable, sans respiration, sans force, sans vie, et, bien que n'ayant pas dépassé vingt-six ou vingt-sept ans, au dernier degré de la cachexie; avec cela des restes de beauté admirables, la tête d'un pur ovale, des yeux doux et profonds, ceux même de sa fille, mais avivés par le souffle de la maladie.
«Veux-tu que je te donne quelque chose? demanda Perrine.
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