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Hector Malot - En famille

- Vous le connaissez?

- Nous avons bu plus d'un verre ensemble: si vous avez besoin d'un bon âne, je vous le recommande.

- J'en ai besoin, sans en avoir besoin.

- Alors allons prendre quelque chose. Ce n'est pas la peine de payer un droit là-dedans.

- D'autant mieux qu'il paraît décidé à ne pas entrer.

- Je vous dis que c'est un malin.

- Si je l'achète ce n'est pas pour faire des malices, ni pour boire des verres, mais pour travailler.

- Dur à la peine; il vient de Grèce, sans s'arrêter.

- De Grèce!...»

Grain de Sel avait fait un signe à Perrine, qui les suivait n'entendant que quelques mots de leur
conversation, et, docile, maintenant qu'il n'avait plus à entrer dans le marché, Palikare venait derrière

elle, sans même qu'elle eût à tirer sur le licol.

Qu'était cet acquéreur? Un homme? Une femme? Par la démarche et le visage non barbu, une femme de
cinquante ans environ. Par le costume composé d'une blouse et d'un pantalon, d'un chapeau en cuir

comme ceux des cochers d'omnibus, et aussi par une courte pipe noire qui ne quittait pas sa bouche, un

homme. Mais c'était son air qui était intéressant pour les inquiétudes de Perrine, et il n'avait rien de dur ni

de méchant.

Après avoir pris une petite rue, Grain de Sel et La Rouquerie s'étaient arrêtés devant la boutique d'un
marchand de vin, et, sur une table du trottoir on leur avait apporté une bouteille avec deux verres tandis

que Perrine restait dans la rue devant eux, tenant toujours son âne.

«Vous allez voir s'il est malin», dit Grain de Sel en avançant son verre plein.

Tout de suite Palikare allongea le cou et de ses lèvres pincées aspira la moitié du verre, sans que Perrine
osât l'en empêcher.

«Hein!» dit Grain de Sel triomphant.

Mais La Rouquerie ne partagea pas cette satisfaction:

«Ce n'est pas pour boire mon vin que j'en ai besoin, mais pour traîner ma charrette et mes peaux de lapin.

- Puisque je vous dis qu'il vient de Grèce attelé à une roulotte.

- Ça, c'est autre chose.»

Et l'examen de Palikare commença en détail et avec attention; quand il fut terminé, La Rouquerie
demanda à Perrine combien elle voulait le vendre. Le prix qu'elle avait arrêté à l'avance avec Grain de

Sel était de cent francs; ce fut celui qu'elle dit.

Mais La Rouquerie poussa les hauts cris: «Cent francs, un âne vendu sans garantie! C'était se moquer du
monde.» Et le malheureux Palikare eut à subir une démolition en règle, du bout du nez aux sabots.

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