bibliotheq.net - littérature française
 

Hector Malot - En famille

n'ont qu'à se promener.

Mais Grain de Sel n'accueillit pas cette idée:

«Des affaires avec le gouvernement, dit-il, il n'en faut pas... parce que le gouvernement...»

Il n'avait pas la confiance de Grain de Sel, le gouvernement.

Maintenant la circulation des voitures et des tramways était si active que Perrine avait besoin de toute
son attention pour se diriger au milieu de leur encombrement, aussi n'avait-elle d'yeux ni d'oreilles pour

rien autre chose, ni pour les monuments devant lesquels ils passaient, ni pour les plaisanteries que les

charretiers et les cochers leur adressaient, mis en gaieté et en esprit par l'attitude de Grain de Sel sur l'âne.

Mais lui, qui n'avait pas les mêmes préoccupations, n'était pas embarrassé pour leur répondre

joyeusement, et cela faisait sur leur parcours un concert de cris et de rires auquel les passants des trottoirs

mêlaient leur mot.

Enfin, après une légère montée, ils arrivèrent devant une grande grille au delà de laquelle s'étendait un
vaste espace que des lisses séparaient en divers compartiments dans lesquels se trouvaient des chevaux;

alors Grain de Sel mit pied à terre.

Mais pendant qu'il descendait, Palikare avait eu le temps de regarder devant lui, et, quand Perrine voulut
lui faire franchir la grille, il refusa d'avancer. Avait-il deviné que c'était un marché où l'on vendait les

chevaux et les ânes? Avait-il peur? Toujours est-il que malgré les paroles que Perrine lui adressait sur le

ton du commandement ou de l'affection, il persista dans sa résistance. Grain de Sel crut qu'en le poussant

par derrière il le ferait avancer, mais Palikare, qui ne devina pas quelle main se permettait cette

familiarité sur sa croupe, se mit à ruer en reculant et en entraînant Perrine.

Quelques curieux s'étaient aussitôt arrêtés et faisaient cercle autour d'eux; le premier rang étant comme
toujours occupé par des porteurs de dépêches et des pâtissiers; chacun disait son mot et donnait son

conseil sur les moyens à employer pour l'obliger à passer la porte.

«V'là un âne qui donnera de l'agrément à l'imbécile qui l'achètera», dit une voix.

C'était là un propos dangereux qui pouvait nuire à la vente; aussi Grain de Sel, qui l'avait entendu, crut-il
devoir protester.

«C'est un malin, dit-il; comme il a deviné qu'on va le vendre, il fait toutes ces grimaces pour ne pas
quitter ses maîtres.

- Êtes - vous sur de ça, Grain de Sel? demanda la voix qui avait fait l'observation.

- Tiens, qui est-ce qui sait mon nom ici?

- Vous ne reconnaissez pas La Rouquerie?

- C'est ma foi vrai.»

Et ils se donnèrent la main.

«C'est à vous l'âne?

- Non, c'est à cette petite.

< page précédente | 24 | page suivante >

 
La plupart des textes et des images de ce site font partie du domaine public. Les droits d'auteur pour la présentation des matériaux
et le design du site appartiennent à bibliotheq.net. Toute suggestion et correction est la bienvenue.