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Hector Malot - En famille

- Grand-papa!»

Enfin, quand ils se remirent un peu du trouble qui les bouleversait, il l'interrogea:

«Pourquoi ne t'es-tu pas fait connaître? demanda-t-il.

- Ne l'ai-je pas tenté plusieurs fois? rappelez-vous ce que vous m'avez dit un jour, le dernier où j'ai fait
allusion à maman et à moi: «Plus jamais, tu entends, plus jamais, ne me parle de ces misérables».

- Pouvais-je soupçonner que tu étais ma fille?

- Si cette fille s'était présentée franchement devant vous, ne l'auriez-vous pas chassée sans vouloir
l'entendre?

- Qui sait ce que j'aurais fait!

- C'est alors que j'ai décidé de ne me faire connaître que le jour où, selon la recommandation de maman,
je me serais fait aimer.

- Et tu as attendu si longtemps! N'avais-tu pas à chaque instant des preuves de mon affection?

- Était-elle celle d'un père? je n'osais le croire.

- Et il a fallu que, mes soupçons s'étant précisés après des luttes cruelles, des hésitations, des espérances
aussi bien que des doutes que tu m'aurais épargnés en parlant plus tôt, j'emploie Fabry pour t'obliger à te

jeter dans mes bras!

- La joie de l'heure présente ne prouve-t-elle pas qu'il était bon qu'il en fût ainsi?

- Enfin c'est bien, laissons cela, et dis-moi ce que tu m'as caché, me laissant poursuivre des recherches
que d'un mot tu pouvais satisfaire...

- En me découvrant.

- Parle-moi de ton père; comment êtes-vous arrivés à Serajevo? Comment était-il photographe?

- Ce qu'a été notre vie dans l'Inde, vous pouvez...»

Il l'interrompit:

«Dis-moi tu; c'est à ton grand-père que tu parles, non plus à M. Vulfran.

- Par les lettres que tu as reçues tu sais à peu près ce qu'a été cette vie; je te la reconterai plus tard, avec
nos chasses aux plantes, nos chasses aux bêtes, tu verras ce qu'était le courage de papa, la vaillance de

maman, car je ne peux pas te parler de lui sans te parler d'elle...

- Ne crois pas que ce que Fabry vient de m'apprendre d'elle, en me disant son refus d'entrer à l'hôpital où
elle aurait peut-être été sauvée, et cela pour ne pas t'abandonner, ne m'a pas ému.

- Tu l'aimeras, tu l'aimeras.

- Tu me parleras d'elle.

- ... Je te la ferai connaître, je te la ferai aimer. Je passe donc là-dessus. Nous avions quitté l'Inde pour

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