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Hector Malot - En famille
«Rentrons au château.»
Comme toujours il avait posé sa main sur l'épaule de Perrine, et ce fut ainsi qu'ils sortirent au milieu du premier flot des ouvriers qui quittaient les ateliers: ils traversèrent ainsi le village où déjà la nouvelle courait de porte en porte, et chacun en les voyant passer se demandait s'il survivrait à cet écrasement; comme il était déjà courbé, lui qui d'ordinaire marchait si solide, couché en avant comme un arbre que la tempête a brisé par le milieu de son tronc.
Mais cette question, Perrine se la posait avec plus d'angoisse encore, car aux secousses que de sa main il lui imprimait à l'épaule, elle sentait, sans qu'il prononçât une seule parole, combien profondément il était atteint.
Quand elle l'eut conduit dans son cabinet, il la renvoya:
«Explique pourquoi je veux être seul, dit-il, que personne n'entre, que personne ne me parle.»
Comme elle allait sortir:
«Et je me refusais à te croire!
- Si vous vouliez me permettre...
- Laisse-moi», dit-il rudement.
XXXVII
Toute la nuit le château fut plein de mouvement et de bruit, car successivement arrivèrent: de Paris, M. et Mme Stanislas Paindavoine, prévenus par Théodore; de Boulogne, M. et Mme Bretoneux, avertis par Casimir; enfin de Dunkerque et de Rouen, les deux filles de Mme Bretoneux avec leurs maris et leurs enfants. Personne n'aurait manqué au service de ce pauvre Edmond. D'ailleurs ne fallait-il pas être là pour prendre position et se surveiller? Maintenant que la place était vide, et bien vide à jamais, qui allait s'en emparer? C'était l'heure des manoeuvres habiles où chacun devait s'employer entièrement, avec toute son énergie, toute son intelligence, toute son intrigue. Quel désastre si cette industrie qui était une des forces du pays, tombait aux mains d'un incapable comme Théodore! Quel malheur si un esprit borné comme Casimir en prenait la direction! Et aucune des deux familles n'avait la pensée d'admettre qu'une association fut possible, qu'un partage pût se faire entre les deux cousins: on voulait tout pour soi; l'autre n'aurait rien: quels droits d'ailleurs avait-il à faire valoir cet autre?
Perrine s'attendait à la visite matinale de Mme Bretoneux, et aussi à celle de Mme Paindavoine; mais elle ne reçut ni l'une ni l'autre, ce qui lui fit comprendre qu'on ne croyait plus avoir besoin d'elle, au moins pour le moment. Qu'était-elle en effet dans cette maison? Maintenant c'était le frère de M. Vulfran, sa soeur, ses neveux, ses nièces, ses héritiers, enfin, qui y étaient les maîtres.
Elle s'attendait aussi à ce que M. Vulfran l'appellerait pour qu'elle le conduisît à l'église, comme elle le faisait tous les dimanches depuis qu'elle avait remplacé Guillaume; mais il n'en fut rien, et quand les cloches, qui depuis la veille sonnaient des glas de quart d'heure en quart d'heure, annoncèrent la messe, elle le vit monter en landau appuyé sur le bras de son frère, accompagné de sa soeur et de sa belle-soeur, tandis que les membres de la famille prenaient place dans les autres voitures.
Alors, n'ayant pas de temps à perdre, elle qui devait faire à pied le trajet du château à l'église, elle partit au plus vite.
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