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Hector Malot - En famille

Elle compta ce qu'elle avait dans la main et trouva six francs quatre-vingt-cinq centimes en estimant le
florin d'Autriche à deux francs; il lui manquait donc treize sous.

«Je n'ai que six francs quatre-vingt-cinq centimes, dont un florin d'Autriche, dit-elle; le voulez-vous, le
florin?

- Ah! non par exemple.»

Que faire? Elle restait au milieu de la boutique la main ouverte, désespérée, anéantie.

«Si vous vouliez prendre le florin, il ne me manquerait que treize sous, dit-elle enfin; je vous les
apporterais tantôt.»

Mais le pharmacien ne voulut d'aucune de ces combinaisons, ni faire crédit de treize sous, ni accepter le
florin:

«Comme il n'y a pas urgence pour le vin de quinquina, dit-il, vous viendrez le chercher tantôt; je vais tout
de suite vous préparer les paquets et la potion qui ne vous coûteront que trois francs cinquante.»

Sur l'argent qui lui restait elle acheta des oeufs, un petit pain viennois, qui devait provoquer l'appétit de
sa mère, et revint toujours courant au Champ Guillot.

«Les oeufs sont frais, dit-elle, je les ai mirés; regarde le pain, comme il est bien cuit; tu vas manger,
n'est-ce pas, maman?

- Oui, ma chérie.»

Toutes deux étaient pleines d'espérance et Perrine d'une foi absolue; puisque le médecin avait promis de
guérir sa mère, il allait accomplir ce miracle: pourquoi l'aurait-il trompée? quand on demande la vérité à

un médecin, il doit la dire.

C'est un merveilleux apéritif que l'espoir; la malade, qui depuis deux jours n'avait pu rien prendre,
mangea un oeuf et la moitié du petit pain.

«Tu vois, maman, disait Perrine.

- Cela va aller.»

En tout cas, son irritabilité nerveuse s'émoussa; elle éprouva un peu de calme, et Perrine en profita pour
aller consulter Grain de Sel sur la question de savoir comment elle devait s'y prendre pour vendre la

voiture et Palikare. Pour la roulotte, rien de plus facile, Grain de Sel pouvait l'acheter comme il achetait

toutes choses: meublés, habits, outils, instruments de musique, étoffes, matériaux, le neuf, le vieux; mais,

pour Palikare, il n'en était pas de même, parce qu'il n'achetait pas de bêtes, excepté les petits chiens, et

son avis était qu'on devait attendre au mercredi pour le vendre au Marché aux chevaux.

Le mercredi c'était bien loin, car, dans sa surexcitation d'espérance, Perrine s'imaginait qu'avant ce
jour-la, sa mère aurait repris assez de forces pour pouvoir partir; mais, à attendre ainsi, il y avait au moins

cela de bon, qu'elles pourraient avec le produit de la vente de la roulotte s'arranger des robes pour

voyager en chemin de fer, et aussi cela de meilleur encore, qu'on pourrait peut-être ne pas vendre

Palikare, si le prix payé par Grain de Sel était assez élevé; Palikare resterait au Champ Guillot, et quand

elles seraient arrivées à Maraucourt, elles le feraient venir. Comme elle serait heureuse de ne pas le

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