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Hector Malot - En famille

d'Edmond de passer en Égypte et peut-être en Turquie, il avait étendu ses insertions au Caire, à
Alexandrie, à Constantinople: rien ne devait être négligé, même l'impossible, même l'improbable;

d'ailleurs n'était-ce pas l'improbable qui devenait le vraisemblable dans cette existence cahotée?

Ne voulant pas donner son adresse, ce qui eût pu l'exposer à toutes sortes de sollicitations plus ou moins
malhonnêtes, c'était celle de son banquier à Amiens que M. Vulfran avait indiquée; c'était donc celui-ci

qui recevait les lettres que l'offre des mille francs provoquait, et qui les transmettait à Maraucourt.

Mais de ces lettres assez nombreuses, pas une seule n'était sérieuse; la plupart provenaient d'agents
d'affaires, qui s'engageaient à faire des recherches dont ils garantissaient le succès, si on voulait bien leur

envoyer une provision indispensable aux premières démarches; quelques-unes étaient de simples romans

qui se lançaient dans une fantaisie vague promettant tout et ne donnant rien; d'autres enfin racontaient des

faits remontant à cinq, dix, douze ans; aucune ne se renfermait dans les trois dernières années fixées par

l'annonce, pas plus qu'elle ne fournissait l'indication précise demandée.

C'était Perrine qui lisait ces lettres ou les traduisait, et si nulles qu'elles fussent généralement, elles ne
décourageaient pas M. Vulfran et n'ébranlaient pas sa foi:

«Il n'y a que l'annonce répétée qui produise de l'effet», disait- il toujours.

Et sans se lasser, il répétait les siennes.

Un jour enfin une lettre datée de Serajevo en Bosnie apporta une offre qui paraissait pouvoir être prise en
considération: elle était en mauvais anglais, et disait que si l'on voulait déposer les quarante livres

promises par l'insertion du Times, chez un banquier de Serajevo, on s'engageait à fournir des

nouvelles authentiques de M. Edmond Paindavoine remontant au mois de novembre de la précédente

année: au cas où l'on accepterait cette proposition, on devait répondre poste restante à Serajevo sous le

numéro 917.

«Eh bien, tu vois si j'avais raison, s'écria M. Vulfran, c'est près de nous, le mois de novembre.»

Et il montra une joie qui était un aveu de ses craintes: c'était maintenant qu'il pouvait affirmer l'existence
d'Edmond avec preuves à l'appui et non plus seulement en vertu de sa foi paternelle.

Pour la première fois depuis que ses recherches se poursuivaient, il parla de son fils à ses neveux et à
Talouel.

«J'ai la grande joie de vous annoncer que j'ai des nouvelles d'Edmond; il était en Bosnie au mois de
novembre.»

L'émoi fut grand quand ce bruit se répandit dans le pays. Comme toujours en pareille circonstance on
l'amplifia:

«M. Edmond va arriver!

- Est ce possible?

- Si vous voulez en avoir la certitude regardez la mine des neveux et de Talouel.»

En réalité, elle était curieuse cette mine: préoccupée chez Théodore autant que chez Casimir, avec
quelque chose de contraint; au contraire épanouie chez Talouel, qui depuis longtemps avait pris

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