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Hector Malot - En famille
- Il dit qu'il parle d'après les témoignages de tous ceux qui l'ont connue; ces témoignages de tous n'ont-ils pas plus d'importance que l'opinion d'un seul? Enfin, si vous la receviez dans votre maison, n'aurait-elle pas, elle, votre petite fille, des soins plus intelligents que ceux que je peux avoir, moi?
- Ne parle pas contre toi.
- Je ne parle ni pour ni contre moi, mais pour ce qui est la justice...
- La justice!
- Telle que je la sens; ou si vous voulez, pour ce que, dans mon ignorance, je crois être la justice. Précisément parce que sa naissance est menacée et contestée, cette jeune fille en se voyant accueillie, ne pourrait pas ne pas être émue d'une profonde reconnaissance. Pour cela seul, en dehors de toutes les autres raisons qui la pousseraient, elle vous aimerait de tout son coeur.»
Elle joignit les mains en le regardant comme s'il pouvait la voir, et avec un élan qui donnait à sa voix un accent vibrant:
«Ah! monsieur, ne voulez-vous pas être aimé par votre fille?»
Il se leva d'un mouvement impatient:
«Je t'ai dit qu'elle ne serait jamais ma fille. Je la hais, comme je hais sa mère; elles qui m'ont pris mon fils, qui me le gardent. Est-ce que, si elles ne l'avaient pas ensorcelé, il ne serait pas près de moi depuis longtemps? Est-ce qu'elles n'ont pas été tout pour lui, quand moi son père, je n'étais rien?»
Il parlait avec véhémence en marchant à pas saccadés par son cabinet, emporté, secoué par un accès de colère qu'elle n'avait pas encore vu. Tout à coup il s'arrêta devant elle:
«Monte à ta chambre, dit-il, et plus jamais, tu entends, plus jamais, ne te permets de me parler de ces misérables; car enfin de quoi te mêles-tu? Qui t'a chargé de me tenir un pareil discours?»
Un moment interdite, elle se remit:
«Oh! personne, monsieur, je vous jure; j'ai traduit, moi fille sans parents, ce que mon coeur me disait, me mettant à la place de votre petite fille.»
Il se radoucit, mais ce fut encore d'un ton menaçant qu'il ajouta:
«Si tu ne veux pas que nous nous fâchions, désormais n'aborde jamais ce sujet, qui m'est, tu le vois, douloureux; tu ne dois pas m'exaspérer.
- Pardonnez-moi, dit-elle la voix brisée par les larmes qui l'étouffaient, certainement j'aurais dû me taire.
- Tu l'aurais dû d'autant mieux que ce que tu as dit était inutile.»
XXXVI
Pour suppléer aux nouvelles que ses correspondants ne lui donnaient point, sur la vie de son fils, pendant les trois dernières années, M. Vulfran faisait paraître dans les principaux journaux de Calcutta, de Dakka, de Dehra, de Bombay, de Londres, une annonce répétée chaque semaine, promettant quarante livres de récompense à qui pourrait fournir un renseignement, si mince qu'il fût, mais certain cependant, sur Edmond Paindavoine; et comme une des lettres qu'il avait reçues de Londres parlait d'un projet
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