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Hector Malot - En famille

avec un commentaire approprié à sa jeune intelligence, ignorante des choses de l'antiquité, l'OEdipe à
Colone
de Sophocle; et les jours suivants, abandonnant le Tour du Monde, Perrine recommença cette
lecture pour M. Vulfran, qui s'en montra ému, sensible surtout à ce qui s'appliquait à sa propre situation.

«C'est vrai, dit-il, que tu es une Antigone pour moi, et même plus, puisque Antigone, fille du malheureux
OEdipe, devait ses soins et sa tendresse à son père.»

Par là, Perrine vit quel chemin elle avait fait dans l'affection de M. Vulfran, qui n'avait pas pour habitude
de se répandre en effusion. Elle en fut si bouleversée que, lui prenant la main, elle la lui baisa.

«Oui, dit-il, tu es une bonne fille.»

Et lui mettant la main sur la tête, il ajouta:

«Même quand mon fils sera de retour, tu ne nous quitteras pas, il saura reconnaîtra ce que tu as été pour
moi.

- Je suis si peu et je voudrais être tant!

- Je lui dirai ce que tu as été, et d'ailleurs il le verra bien, car c'est un homme de coeur que mon fils.»

Bien souvent il s'était exprimé dans ces termes ou d'autres du même genre sur ce fils, et toujours elle
avait eu la pensée de lui demander comment, avec ces sentiments, il avait pu se montrer si sévère, mais

chaque fois, les paroles s'étaient arrêtées dans sa gorge serrée par l'émotion: c'était chose si grave pour

elle d'aborder un pareil sujet.

Cependant ce soir-là, encouragée par ce qui venait de se passer, elle se sentit plus forte; jamais occasion
s'était-elle présentée plus favorable: elle était seule avec M. Vulfran, dans son cabinet où jamais personne

n'entrait sans être appelé, assise près de lui, sous la lumière de la lampe, devait-elle hésiter plus

longtemps?

Elle ne le crut pas:

«Voulez-vous me permettre, dit-elle, le coeur angoissé et la voix frémissante, de vous demander une
chose que je ne comprends pas, et à laquelle je pense à chaque instant sans oser en parler?

- Dis.

- Ce que je ne comprends pas, c'est qu'aimant votre fils comme vous l'aimez, vous ayez pu vous séparer
de lui.

- C'est qu'a ton âge on ne comprend, on ne sent que ce qui est affection, sans avoir conscience du devoir:
or mon devoir de père me faisait une loi d'imposer à mon fils, coupable de fautes qui pouvaient

l'entraîner loin, une punition qui serait une leçon. Il fallait qu'il eût la preuve que ma volonté était

au-dessus de la sienne; c'est pourquoi je l'envoyai aux Indes, où j'avais l'intention de ne le tenir que peu

de temps, et où je lui donnais une situation qui ménageait sa dignité, puisqu'il était le représentant de ma

maison. Pouvais-je prévoir qu'il s'éprendrait de cette misérable créature et se laisserait entraîner dans un

mariage fou, absolument fou?

- Mais le père Fildes dit que celle qu'il a épousée n'était point une misérable créature.

- Elle en était une, puisqu'elle a accepté un mariage nul en France, et dès lors je ne pouvais pas la

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