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Hector Malot - En famille

- Et ce que vous ferez pour lui, vous le ferez pour nous, comme ce que vous ferez pour nous vous le ferez
pour lui. Tout de suite je vais vous prouver que, quant à nous, nous ne serons pas ingrats. Qu'est-ce que

vous diriez d'une robe qu'on vous donnerait?»

Perrine ne voulut rien dire, mais comme elle devait, une réponse à cette offre, elle la mit dans un sourire.

«Une belle robe avec une petite traîne, continua Mme Bretoneux.

- Je suis en deuil.

- Mais le deuil n'empêche pas de porter une robe à traîne. Vous n'êtes pas assez habillée pour dîner à la
table de mon frère et même vous êtes très mal habillée, fagotée comme un chien savant.

Perrine savait qu'elle n'était pas bien habillée, cependant elle fut humiliée d'être comparée à un chien
savant, et surtout de la façon dont cette comparaison était faite, avec l'intention manifeste de la rabaisser.

- J'ai pris ce que j'ai trouvé chez Mme Lachaise.

- Mme Lachaise était bonne pour vous habiller quand vous n'étiez qu'une vagabonde, mais maintenant
qu'il a plu à mon frère de vous admettre à sa table, il ne faut pas que nous ayons à rougir de vous; ce qui,

nous pouvons le dire entre nous, a lieu en ce moment.»

Sous ce coup, Perrine perdit la conscience du rôle qu'elle jouait.

«Ah! dit-elle tristement.

- Ce que vous êtes drôle avec votre blouse, vous n'en avez pas idée.»

Et l'évocation de ce souvenir fit rire Mme Bretoneux comme si elle avait cette fameuse blouse devant les
yeux.

«Mais cela est facile à réparer, et quand vous serez belle comme je veux que vous le soyez, avec une robe
habillée pour la salle à manger, et un joli costume pour la voiture, vous vous rappellerez à qui vous les

devez. C'est comme pour votre lingerie, je me doute qu'elle vaut la robe. Voyons un peu.»

Disant cela, d'un air d'autorité, elle ouvrit les uns après les autres les tiroirs de la commode, et
méprisante, elle les referma d'un mouvement brusque en haussant les épaules avec pitié.

«Je m'en doutais, reprit-elle, c'est misérable, indigne de vous.»

Perrine, suffoquée, ne répondit rien.

«Vous avez de la chance, continua Mme Bretoneux, que je sois venue à Maraucourt, et que je me charge
de vous.»

Le mot qui monta aux lèvres de Perrine fut un refus: elle n'avait pas besoin qu'on se chargeât d'elle,
surtout avec de pareils procédés; mais elle eut la force de le refouler: elle avait un rôle à remplir, rien ne

devait le lui faire oublier; après tout, c'étaient les paroles de Mme Bretoneux qui étaient mauvaises et

dures, ses intentions, au contraire, s'annonçaient bonnes et généreuses.

«Je vais dire à mon frère, reprit Mme Bretoneux, qu'il doit vous commander chez une couturière
d'Amiens dont je lui donnerai l'adresse, la robe et le costume qui vous sont indispensables, et de plus,

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