|
Hector Malot - En famille
«Je vous remercie, madame, dit-elle en exagérant son sourire niais, bien sûr que je ne demande qu'a vous rendre les mêmes services que Guillaume.»
Elle souligna ces derniers mots de façon à laisser entendre qu'on pouvait tout lui demander.
«Je disais bien que vous étiez intelligente, reprit Mme Bretoneux, et je crois que nous pouvons compter sur vous.
- Vous n'avez qu'à commander, madame.
- Tout d'abord, ce qu'il faut, c'est que vous soyez attentive à veiller sur la santé de mon frère et à prendre toutes les précautions possibles pour qu'il ne gagne pas un coup de froid qui peut être mortel, en lui donnant une de ces congestions pulmonaires auxquelles il est sujet, ou qui aggrave sa bronchite. Savez-vous que si cette bronchite se guérissait, on pourrait l'opérer et lui rendre la vue? Songez quelle joie ce serait pour nous tous.»
Cette fois, Perrine répondit:
«Moi aussi, je serais bien heureuse.
- Cette parole prouve vos bons sentiments, mais vous, si reconnaissante que vous soyez de ce qu'on fait pour vous, vous n'êtes pas de la famille.»
Elle reprit son air niais.
«Bien sûr, mais ça n'empêche pas que je sois attachée à M. Vulfran, vous pouvez me croire.
- Justement, vous pouvez nous prouver votre attachement par ces soins de tout instant que je vous indiquais, mais encore bien mieux. Mon frère n'a pas besoin seulement d'être préservé du froid, il a besoin aussi d'être défendu contre les émotions brusques qui, en le surprenant, pourraient le tuer. Ainsi, ces messieurs me disaient qu'en ce moment il faisait faire recherches sur recherches dans les Indes pour obtenir des nouvelles de son fils, notre cher Edmond.»
Elle fit une pause, mais inutilement, car Perrine ne répondit pas à cette ouverture, bien certaine que «ces messieurs», c'est-à-dire les deux cousins, n'avaient pas pu parler de ces recherches à Mme Bretoneux; que Casimir en eût parlé, il n'y avait là rien que de vraisemblable, puisqu'il avait appelé sa mère à son secours; mais Théodore, cela n'était pas possible.
«Ils m'ont dit que lettres et dépêches passaient par vos mains et que vous les traduisiez à mon frère. Eh bien! il serait très important, au cas où ces nouvelles deviendraient mauvaises, comme nous ne le prévoyons que trop, hélas! que mon fils en fût averti le premier; il m'enverrait une dépêche, et, comme la distance d'ici à Boulogne n'est pas très grande, j'accourrais soutenir mon pauvre frère: une soeur, surtout une soeur aînée, trouve d'autres consolations dans son coeur qu'une belle-soeur. Vous comprenez?
- Oh! bien sûr, madame, que je comprends; il me semble au moins.
- Alors, nous pouvons compter sur vous?»
Perrine hésita un moment, mais elle ne pouvait pas ne pas répondre.
«Je ferai tout ce que je pourrai pour M. Vulfran.
|