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Hector Malot - En famille
- En tout cas on ne peut pas vous laisser dans cette voiture où le froid des nuits vous est mortel. Il faut prendre une chambre; le pouvez-vous?
- Si ce n'est pas pour longtemps, oui peut-être.
- Grain de Sel en loue qu'il ne vous fera pas payer cher. Mais la chambre n'est pas tout, il faut des médicaments, une bonne nourriture, des soins: ce que vous auriez à l'hôpital.
- Monsieur, c'est impossible, je ne peux pas me séparer de ma fille. Que deviendrait-elle?
- Comme vous voudrez, c'est votre affaire, je vous ai dit ce que je devais.»
Il appela:
«Petite.»
Puis, tirant un carnet de sa poche, il écrivit au crayon quelques lignes sur une feuille blanche, qu'il détacha:
«Porte cela chez le pharmacien, dit-il, celui qui est auprès de l'église, pas un autre. Tu donneras à ta mère le paquet n° 1; tu lui feras boire d'heure en heure la potion n° 2; le vin de quinquina en mangeant, car il faut qu'elle mange; ce qu'elle voudra, surtout des oeufs. Je reviendrai ce soir.»
Elle voulut l'accompagner pour le questionner:
«Maman est bien malade?
- Tâche de la décider à entrer à l'hôpital.
- Est-ce que vous ne pouvez pas la guérir?
- Sans doute, je l'espère; mais je ne peux pas lui donner ce qu'elle trouverait à l'hôpital. C'est folie de n'y pas aller; c'est pour ne pas se séparer de toi qu'elle refuse: tu ne serais pas perdue, car tu as l'air d'une fille avisée et délurée.»
Marchant à grands pas, il était arrivé à sa voiture; Perrine eût voulu le retenir, le faire parler, mais-il monta et partit.
Alors elle revint à la roulotte.
«Qu'a dit le médecin? demanda la mère.
- Qu'il te guérirait.
- Va donc vite chez le pharmacien, et rapporte aussi deux oeufs; prends tout l'argent.»
Mais tout l'argent ne fut pas suffisant; quand le pharmacien eut lu l'ordonnance, il regarda Perrine en la toisant;
«Vous avez de quoi payer?» dit-il.
Elle ouvrit la main.
«C'est sept francs cinquante», dit le pharmacien qui avait fait son calcul.
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