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Hector Malot - En famille
que sur l'autre, ni pour le présent ni pour l'avenir.
De là, chez lui, des dispositions à leur égard, qui étaient précisément tout autres que celles que chacune d'elles avait si âprement poursuivies: ses neveux, rien que, ses neveux; nullement et à aucun point de vue des fils.
Et même, dans ses procédés à leur égard, on pouvait facilement voir qu'il avait tenu à ce que cette distinction fût évidente pour tous, car, malgré les sollicitations de tout genre, directes et détournées, dont on l'avait enveloppé, il n'avait jamais consenti à les loger au château où cependant les appartements ne manquaient pas, ni à leur permettre de partager sa vie intime, si triste et si solitaire qu'elle fût.
«Je ne veux ni querelles ni jalousies autour de moi», avait-il toujours répondu.
Et, partant de là, il avait donné à Théodore la maison qu'il habitait lui-même avant de faire construire son château, et à Casimir celle de l'ancien chef de la comptabilité que Mombleux remplaçait.
Aussi leur surprise avait-elle été vive et leur indignation exaspérée, quand une étrangère, une gamine, une bohémienne s'était installée dans ce château où ils n'entraient que comme invités.
Que signifiait cela?
Qu'était cette petite fille?
Que devait-on craindre d'elle?
C'était ce que Mme Bretoneux avait demandé à son fils, mais ses réponses ne l'ayant pas satisfaite, elle avait voulu faire elle- même une enquête qui l'éclairât.
Arrivée assez inquiète, il ne lui fallut que peu de temps pour se rassurer, tant Perrine joua bien le rôle que Mlle Belhomme lui avait soufflé.
Si M. Vulfran ne voulait pas avoir ses neveux à demeure chez lui, il n'en était pas moins hospitalier, et même largement, fastueusement hospitalier pour sa famille, lorsque sa soeur et sa belle-soeur, son frère et son beau-frère venaient le voir à Maraucourt. Dans ces occasions, le château prenait un air de fête qui ne lui était pas habituel: les fourneaux chauffaient au tirage forcé; les domestiques arboraient leurs livrées; les voitures et les chevaux sortaient des remises et des écuries avec leurs harnais de gala; et le soir, dans l'obscurité, les habitants du village voyaient flamboyer le château depuis le rez-de-chaussée jusqu'aux fenêtres des combles, et de Picquigny à Amiens, d'Amiens à Picquigny, circulaient le cuisinier et le maître d'hôtel chargés des approvisionnements.
Pour recevoir Mme Bretoneux, on s'était donc conformé à l'usage établi et en débarquant à la gare de Picquigny elle avait trouvé le landau avec cocher et valet de pied pour l'amener à Maraucourt, comme en descendant de voiture elle avait trouvé Bastien pour la conduire à l'appartement, toujours le même, qui lui était réservé au premier étage.
Mais malgré cela, la vie de travail de M. Vulfran et de ses neveux, même celle de Casimir, n'avait été modifiée en rien: il verrait sa soeur aux heures des repas, il passerait la soirée avec elle, rien de plus, les affaires avant tout; quant au fils et au neveu, il en serait de même pour eux, ils déjeuneraient et dîneraient au château, où ils resteraient le soir aussi tard qu'ils voudraient, mais ce serait tout: sacrées les heures de bureau.
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