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Hector Malot - En famille

petite? Quels dangers? Toutes questions incompréhensibles, mais que justement pour cela j'ai cru devoir
vous soumettre, à vous messieurs, qui, en l'absence de M. Edmond, vous trouvez placés, par votre

naissance, à la tête de cette maison.»

Il avait assez joué avec eux comme le chat avec la souris, pourtant il crut pouvoir une fois encore les
faire sauter en l'air d'un vigoureux coup de patte:

«Il est vrai que M. Edmond peut revenir d'un moment à l'autre, demain peut-être, au moins si l'on s'en
rapporte à toutes les recherches que M. Vulfran fait faire, fiévreusement, comme s'il brûlait sur une

bonne piste.

- Savez-vous donc quelque chose?» demanda Théodore, qui n'eut pas la dignité de retenir sa curiosité.

«Rien autre chose que ce que je vois; c'est-à-dire que M. Vulfran ne prend cette petite que pour lui
traduire les lettres et les dépêches qu'il reçoit des Indes.»

Puis avec une bonhomie affectée:

«C'est tout de même malheureux que vous, monsieur Casimir, qui avez tout appris, vous ne sachiez pas
l'anglais. Ça vous tiendrait au courant de ce qui se passe. Sans compter que ça vous débarrasserait de

cette petite, qui est en train de prendre au château une place à laquelle elle n'a pas droit. Il est vrai que

vous trouverez peut-être un autre moyen, et meilleur que celui-ci, pour en arriver là; et si je peux vous

aider, vous savez que vous pouvez compter sur moi... sans paraître en rien bien entendu.»

Tout en parlant il jetait de temps en temps et à la dérobée un rapide coup d'oeil dans les cours, plutôt par
force d'habitude que par besoin immédiat; à ce moment, il vit venir le facteur du télégraphe, qui, sans se

presser, musait à droite et à gauche.

«Justement, dit-il, voilà qu'arrive une dépêche qui est peut-être la réponse à celle qui a été envoyée à
Dakka. C'est tout de même ennuyeux pour vous, que vous ne puissiez pas savoir ce qu'elle contient, de

façon à être les premiers à annoncer au patron le retour de son fils. Quelle joie, hein? Moi, mes lampions

sont prêts pour illuminer. Mais voilà, vous ne savez pas l'anglais, et cette petite le sait, elle.»

Quelque regret qu'il eût à mettre un pas devant l'autre, le porteur de dépêches était enfin arrivé au bas de
l'escalier; vivement Talouel alla au-devant de lui:

«Eh bien, tu sais, toi, tu ne t'amènes pas trop vite, dit-il.

- Faut-il s'en faire mourir?»

Sans répondre, Talouel prit la dépêche, et la porta à M. Vulfran avec un empressement bruyant.

«Voulez-vous que je l'ouvre? demanda-t-il.

- Parfaitement.»

Mais il n'eut pas déchiré le papier dans la ligne pointillée qu'il s'écria:

«Elle est en anglais.

- Alors c'est l'affaire d'Aurélie», dit M. Vulfran avec un geste auquel le directeur ne pouvait pas ne pas
obéir.

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