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Hector Malot - En famille

Vivement elle tendit sa pièce de quarante sous.

«Nous pouvons vous payer.

- Alors, c'est trois francs.»

Elle ajouta vingt sous à la pièce; il prit le tout et le fourra dans la poche de son gilet.

«Je serai près de ta mère d'ici un quart d'heure.»

Elle fît en courant le chemin du retour, joyeuse d'apporter la bonne nouvelle:

«Il va te guérir, maman, c'est un vrai médecin celui-là.»

Et vivement elle s'occupa de sa mère, lui lava le visage, les mains, lui arrangea les cheveux qui étaient
admirables, noirs et soyeux, puis elle mit de l'ordre dans la roulotte; ce qui n'eut d'autre résultat que de la

rendre plus vide et par là plus misérable encore.

Elles n'eurent pas une trop longue attente à endurer: un roulement de voiture annonça l'arrivée du
médecin et Perrine courut au- devant de lui.

Comme en entrant il voulait se diriger vers la maison, elle lui montra la roulotte.

«C'est dans notre voiture que nous habitons», dit-elle.

Bien que cette maison n'eut rien d'une habitation, il ne laissa paraître aucune surprise, étant habitué à
toutes les misères avec sa clientèle; mais Perrine qui l'observait remarqua sur son visage comme un

nuage lorsqu'il vit la malade couchée sur son matelas, dans cet intérieur dénudé.

«Tirez la langue, donnez-moi la main.»

Ceux qui payent quarante ou cent francs la visite de leur médecin n'ont aucune idée de la rapidité avec
laquelle s'établit un diagnostic auprès des pauvres gens; en moins d'une minute son examen fut fait.

«Il faut entrer à l'hôpital», dit-il.

La mère et la fille poussèrent un même cri d'effroi et de douleur.

«Petite, laisse-moi seul avec ta maman», dit le médecin d'un ton de commandement.

Perrine hésita une seconde; mais, sur un signe de sa mère, elle quitta la roulotte, dont elle ne s'éloigna
pas.

«Je suis perdue? dit la mère à mi-voix.

- Qui est-ce qui parle de ça: vous avez besoin de soins que vous ne pouvez pas recevoir ici.

- Est-ce qu'à l'hôpital j'aurais ma fille?

- Elle vous verrait le jeudi et le dimanche.

- Nous séparer! Que deviendrait-elle Sans moi, seule à Paris? que deviendrai-je sans elle? Si je dois
mourir, il faut que ce soit sa main dans la mienne.

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