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Hector Malot - En famille

manqué de correction. Peut-être la leçon était-elle un peu grossière, mais son éducation l'autorisait à n'en
pas chercher une plus fine. D'ailleurs les circonstances lui permettaient de ne pas se gêner avec eux: quoi

qu'il dît, ils l'écouteraient; et il en usait.

Il continua:

«Hier M. Vulfran m'a averti qu'il installait cette petite au château, et que désormais elle travaillerait dans
son cabinet.

- Mais quelle est cette petite?

- Je vous le demande. Moi je ne sais pas; M. Vulfran non plus, je crois bien.

- Alors?

- Alors il m'a expliqué que depuis longtemps il voulait avoir près de lui quelqu'un d'intelligent, de discret,
de fidèle, en qui il pourrait avoir pleine confiance.

- Ne nous a-t-il pas? interrompit Casimir.

- C'est justement ce que je lui ai dit: N'avez-vous pas M. Casimir, M. Théodore? M. Casimir, un élève de
l'École polytechnique, où il a tout appris, en théorie s'entend, qui pour l'X ne craint personne, enfin qui

vous est si attaché; M. Théodore, qui connaît la vie et le commerce pour avoir passé ses premières années

auprès de ses parents, dans des difficultés qui pour sûr l'ont formé, et qui d'autre part a pour vous tant

d'affection. Est-ce que tous deux ne sont pas intelligents, discrets, fidèles, et ne pouvez-vous pas avoir

toute confiance en eux? Est-ce qu'ils pensent à autre chose qu'à vous soulager, vous aider, vous

débarrasser du tracas des affaires en bons neveux, bien affectueux, bien reconnaissants qu'ils sont, et bien

unis, unis comme de vrais frères qui n'ont qu'un même coeur, parce qu'ils n'ont qu'un même but.»

Malgré l'envie qu'il en avait, il n'appuyait pas sur chaque mot caractéristique, mais au moins en
soulignait-il l'ironie par un sourire gouailleur, qu'il adressait à Théodore quand il parlait de la supériorité

de Casimir dans la science de l'X, et à Casimir quand il glissait sur les difficultés commerciales de la

famille de Théodore; à tous les deux, quand il insistait sur leur fraternité de coeur qui n'avait qu'un même

but.

«Savez-vous ce qu'il me répondit?» continua-t-il.

Il eût bien voulu faire une pause, mais de peur qu'ils ne tournassent le dos avant qu'il eût tout dit,
vivement il continua:

«Il me répondit: «Ah! mes neveux!» Qu'est-ce que cela voulait dire? Vous pensez bien que je ne me suis
pas permis de le chercher: je vous le répète simplement. Et tout de suite j'ajoute ce qu'il me dit encore,

pour expliquer sa détermination de la prendre au château et de l'installer dans son bureau, que c'était

parce qu'il ne voulait pas qu'elle restât exposée à certains dangers, - non pour elle, car il avait la certitude

qu'elle n'y succomberait pas, mais pour les autres, ce qui l'obligerait à se séparer de ces autres, quels

qu'ils fussent. Je vous donne ma parole que je vous répète ce qu'il m'a dit mot pour mot. Maintenant,

quels sont ces autres, je vous le demande?»

Comme ils ne répondaient pas, il insista:

«À qui a-t-il voulu faire allusion? Où voit-il des autres qui pourraient faire courir des dangers à cette

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