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Hector Malot - En famille

ainsi que les tiroirs d'une table de toilette, tout remplis de brosses, de ciseaux; de savons et de flacons;
cela fait, elle mit la main sur un bouton posé dans la tenture:

«Celui-ci, dit-elle, est pour la sonnerie d'appel; celui-là pour l'éclairage.»

Instantanément la chambre, l'entrée et le cabinet de toilette s'éclairèrent d'une lumière éblouissante qui,
instantanément aussi, s'éteignit; et il sembla à Perrine qu'elle était encore dans les plaines des environs de

Paris, quand l'orage l'avait assaillie et que les éclairs fulgurants du ciel entr'ouvert lui montraient son

chemin ou le noyaient d'ombre.

«Quand mademoiselle aura besoin de moi, elle voudra bien me sonner: un coup pour Bastien, deux coups
pour moi.»

Mais ce dont «mademoiselle avait besoin», c'était d'être seule, autant pour passer la visite de sa chambre
que pour se ressaisir, ayant été jetée hors d'elle-même par tout ce qui lui était arrivé depuis le matin.

Que d'événements, que de surprises en quelques heures, et qui lui eût dit le matin, quand, sous les
menaces de Théodore et de Talouel, elle se voyait en si grand danger, que le vent, au contraire, allait si

favorablement tourner pour elle! N'y avait-il pas de quoi rire de penser que c'était leur hostilité même qui

faisait sa fortune?

Mais combien plus encore eût-elle ri si elle avait pu voir la tête du directeur en recevant M. Vulfran au
bas de l'escalier des bureaux.

«Je suppose que cette jeune personne a fait quelque sottise? dit Talouel.

- Mais non.

- Pourtant, vous vous faites ramener par Félix?

- C'est qu'en passant je l'ai déposée au château, afin qu'elle ait le temps de se préparer pour le dîner.

- Dîner! Je suppose....»

Il était tellement suffoqué qu'il ne trouva pas tout de suite ce qu'il devait supposer.

«Je suppose, moi, dit M. Vulfran, que vous ne savez que supposer.

- Je suppose que vous la faites dîner avec vous.

- Parfaitement. Depuis longtemps je voulais avoir près de moi quelqu'un d'intelligent, de discret, de
fidèle, en qui je pourrais avoir confiance. Justement cette petite fille me parait réunir ces qualités:

intelligente elle l'est, j'en suis sûr; discrète et fidèle, elle l'est aussi, j'en ai la preuve.»

Cela fut dit sans appuyer, mais cependant de façon que Talouel ne pût se méprendre sur le sens de ces
paroles.

«Je la prends donc; et comme je ne veux pas qu'elle reste exposée à certains dangers, - non pour elle, car
j'ai la certitude qu'elle n'y succomberait pas, mais pour les autres, ce qui m'obligerait à me séparer de ces

autres...»

Il appuya sur ce mot:

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