bibliotheq.net - littérature française
 

Hector Malot - En famille

dignes d'être isolés en belle vue; car, bien que leur maître ne put plus les admirer comme naguère, rien
n'avait été changé dans l'ordonnance des jardins, aussi soigneusement entretenus, aussi dispendieusement

ornés qu'au temps où, chaque matin et chaque soir, il les passait en revue avec fierté.

De lui-même, Coco s'arrêta devant le large perron, où un vieux domestique, prévenu par le coup de
cloche du concierge, attendait.

«Bastien, tu es là? demanda M. Vulfran sans descendre.

- Oui, monsieur.

- Tu vas conduire cette jeune personne à la chambre des papillons, qui sera la sienne, et tu veilleras à ce
qu'on lui donne tout ce qui peut lui être nécessaire pour sa toilette; tu mettras son couvert vis-à-vis le

mien; en passant, envoie-moi Félix, qu'il me conduise aux bureaux.»

Perrine se demandait si elle était éveillée.

«Nous dînerons à huit heures, dit M. Vulfran; jusque-là tu es libre.»

Elle descendit et suivit le vieux valet de chambre, marchant éblouie, comme si elle était transportée dans
un palais enchanté.

Et réellement, le hall monumental, d'où partait un escalier majestueux aux marches en marbre blanc, sur
lesquelles un tapis traçait, un chemin rouge, n'avait-il pas quelque chose d'un palais? À chaque palier, de

belles fleurs étaient groupées avec des plantes à feuillage dans de vastes jardinières, et leur parfum

embaumait l'air renfermé.

Bastien la conduisit au second étage, et, sans entrer, lui ouvrit une porte:

«Je vais vous envoyer la femme de chambre», dit-il en se retirant.

Après avoir traversé une petite entrée sombre, elle se trouva dans une grande chambre très claire. tendue
d'étoffe de couleur ivoire, semée de papillons aux nuances vives qui voletaient légèrement; les meubles

étaient en érable moucheté, et sur le tapis gris s'enlevaient vigoureusement des gerbes de fleurs des

champs: pâquerettes, coquelicots, bleuets, boutons d'or.

Que cela était frais et joli!

Elle n'était pas revenue de son émerveillement, et s'amusait encore à enfoncer son pied dans le tapis
moelleux qui le repoussait, quand la femme de chambre entra:

«Bastien m'a dit de me mettre à la disposition de mademoiselle.»

Une femme de chambre en toilette claire, coiffée d'un bonnet de tulle, aux ordres de celle qui quelques
jours avant couchait dans une hutte, sur un lit de roseaux, au milieu d'un marais, avec les rats et les

grenouilles! il lui fallut un certain temps pour se reconnaître.

«Je vous remercie, dit-elle enfin, mais je n'ai besoin de rien... il me semble.

- Si mademoiselle veut bien, je vais toujours lui montrer son appartement.»

Ce qu'elle appelait «montrer l'appartement», c'était ouvrir les portes d'une armoire à glace et d'un placard,

< page précédente | 152 | page suivante >

 
La plupart des textes et des images de ce site font partie du domaine public. Les droits d'auteur pour la présentation des matériaux
et le design du site appartiennent à bibliotheq.net. Toute suggestion et correction est la bienvenue.