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Hector Malot - En famille

Elle hésita, le coeur serré.

«Pourquoi hésites-tu? Ne dois-tu pas tout me dire?

- Oui, monsieur, je le dois, mais cela n'empêche pas que j'hésite.

- On ne doit jamais hésiter à faire son devoir; si tu crois que tu dois te taire, tais-toi; si tu crois que tu dois
répondre à ma question, car je te questionne, réponds.

- Je crois que je dois répondre.

- Je t'écoute.»

Elle raconta exactement ce qui s'était passé entre Théodore et elle, sans un mot de plus, sans un de moins.

«C'est bien tout? demanda M. Vulfran lorsqu'elle fut arrivée au bout.

- Oui, monsieur, tout.

- Et Talouel?»

Elle recommença pour le directeur ce qu'elle avait fait pour le neveu, aussi fidèlement, en arrangeant
seulement un peu ce qui avait rapport à la maladie de M. Vulfran, de façon à ne pas répéter «qu'une

mauvaise nouvelle trop brusquement annoncée, sans préparation pouvait le tuer». Puis, après la première

tentative de Talouel, elle dit ce qui s'était passé pour la dépêche, sans cacher le rendez-vous qui lui était

assigné à la fin de la journée.

Tout à son récit, elle avait laissé Coco prendre le pas, et le vieux cheval, abusant de cette liberté, se
dandinait tranquillement, humant la bonne odeur du foin séché que la brise tiède lui soufflait aux

naseaux, en même temps qu'elle apportait les coups de marteau du battement des faux qui lui rappelaient

les premières années de sa vie, quand, n'ayant pas encore travaillé, il galopait à travers les prairies avec

les juments et ses camarades les poulains, sans se douter alors qu'ils auraient à traîner un jour des

voitures sur les routes poussiéreuses, à peiner, à souffrir les coups de fouet et les brutalités.

Quand elle se tut, M. Vulfran resta assez longtemps silencieux, et comme elle pouvait l'examiner sans
qu'il sût qu'elle tenait les yeux attachés sur lui, elle vit que son visage trahissait une préoccupation

douloureuse faite, semblait-il, d'autant de mécontentement que de tristesse; enfin, il dit:

«Avant tout, je dois te rassurer; sois certaine qu'il ne t'arrivera rien de mal pour tes paroles qui ne seront
pas répétées, et que si jamais quelqu'un voulait se venger de la résistance que tu as honnêtement opposée

à ces tentatives, je saurais te défendre. Au reste, je suis responsable de ce qui arrive. Je les pressentais ces

tentatives quand je t'ai recommandé de ne pas parler de cette lettre qui devait éveiller certaines curiosités,

et, dès lors, je n'aurais pas dû t'y exposer. À l'avenir, il n'en sera plus ainsi. À partir de demain, tu

abandonneras le bureau de Bendit, où l'on peut aller te trouver, et tu occuperas dans mon cabinet, la

petite table sur laquelle tu as écrit ce matin la dépêche; devant moi on ne te questionnera pas, je pense.

Mais comme on pourrait le tenter en dehors des bureaux, chez Françoise, à partir de ce soir, tu auras une

chambre au château et tu mangeras avec moi. Je prévois que je vais entretenir avec les Indes un échange

de lettres et de dépêches que tu seras seule à connaître. Il faut que je prenne mes précautions pour qu'on

ne cherche pas à t'arracher de force, ou à te tirer adroitement des renseignements qui doivent rester

secrets. Près de moi, tu seras défendue. De plus, ce sera ma réponse à ceux qui ont voulu te faire parler,

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