|
Hector Malot - En famille
indifférent.
«Je mets la lettre sur votre table, dit Théodore.
- Non, donne-la moi.»
Bientôt le travail prit fin, et le commis se retira en emportant la correspondance annotée; Théodore et Talouel voulurent alors demander à M. Vulfran ses instructions sur plusieurs sujets, mais il les renvoya, et aussitôt qu'ils furent partis il sonna Perrine.
Instantanément elle arriva.
«Qu'est-ce que c'est que cette lettre?» demanda M. Vulfran.
Elle prit la lettre qu'il lui tendait et jeta les yeux dessus; s'il avait pu la voir, il aurait constaté qu'elle pâlissait et que ses mains tremblaient.
«C'est une lettre en anglais datée de Dakka du 29 mai.
- La signature?» Elle la retourna:
«Le père Fildes.
- Tu en es certaine?
- Oui, monsieur, le père Fildes.
- Que dit-elle?
- Voulez-vous me permettre d'en lire quelques lignes avant de répondre?
- Sans doute, mais vite.»
Elle eût voulu obéir à cet ordre, cependant son émotion, au lieu de se calmer, s'était accrue, les mots dansaient devant ses yeux troubles.
«Eh bien? demanda M. Vulfran d'une voix impatiente.
- Monsieur, cela est difficile à lire, et difficile aussi à comprendre: les phrases sont longues.
- Ne traduis pas, analyse simplement; de quoi s'agit-il?»
Un certain temps s'écoula encore avant qu'elle répondît; enfin elle dit:
«Le père Fildes explique que le père Leclerc à qui vous aviez écrit est mort, et que lui-même, chargé par le père Leclerc de vous répondre, en a été empêché par une absence, et aussi par la difficulté de réunir les renseignements que vous demandez; il s'excuse de vous écrire en anglais, mais il ne possède qu'imparfaitement votre belle langue.
- Ces renseignements! s'écria M. Vulfran.
- Mais, monsieur, je n'en suis pas encore là.
Bien que cette réponse eût été faite sur le ton d'une extrême douceur, il sentit qu'il ne gagnerait rien à la
|