bibliotheq.net - littérature française
 

Hector Malot - En famille

Comment allait-elle se défendre?

Sa situation n'était-elle pas effrayante? Et elle n'était qu'une enfant, sans expérience, comme sans appui.

Cette question elle se l'était déjà posée, mais non dans les mêmes conditions que maintenant.

Et assise sur son lit, car il lui était impossible de rester couchée, tant son angoisse était énervante, elle se
répétait mot à mot ce qu'elle avait entendu:

«Qui sait s'il n'a pas contribué à provoquer l'absence du disparu, et à la faire durer.

- La place qu'ont prise ceux qui doivent remplacer ce disparu, est-elle aussi solidement occupée qu'on
croit, et ne se fait-il pas un travail souterrain pour les obliger à l'abandonner, soit en les forçant à se

retirer, soit en les faisant renvoyer?»

S'il avait cette puissance de faire renvoyer ceux qui semblaient désignés pour remplacer le maître, que ne
pourrait-il pas contre elle qui n'était rien, si elle essayait de lui résister, et se refusait à devenir l'espionne

qu'il voulait qu'elle fût!

Comment ne donnerait-elle pas barre sur elle?

Elle passa une partie de la nuit à agiter ces questions, mais quand à la fin la fatigue la coucha sur son
oreiller, elle n'en avait vu que les difficultés sans leur trouver une seule réponse rassurante.

XXX

La première occupation de M. Vulfran en arrivant le matin à ses bureaux était d'ouvrir son courrier, qu'un
garçon allait chercher à la poste et déposait sur la table en deux tas, celui de la France et celui de

l'étranger. Autrefois il décachetait lui-même toute sa correspondance française, et dictait à un employé

les annotations que chaque lettre comportait, pour les réponses à faire ou les ordres à donner; mais depuis

qu'il était aveugle il se faisait assister dans ce travail par ses neveux et par Talouel, qui lisaient les lettres

à haute voix, et les annotaient; pour les lettres étrangères, depuis la maladie de Bendit, après les avoir

ouvertes on les transmettait à Fabry si elles étaient anglaises, allemandes à Mombleux.

Le matin qui suivit l'entretien entre Fabry et Mombleux qui avait ému Perrine si violemment, M. Vulfran,
Théodore, Casimir et Talouel étaient occupés à ce travail de la correspondance, quand Théodore, qui

ouvrait les lettres étrangères, en annonçant le lieu d'où elles étaient écrites, dit:

«Une lettre de Dakka, 29 mai.

- En français? demanda M. Vulfran.

- Non, en anglais.

- La signature?

- Pas très lisible, quelque chose comme Feldes, Faldes, Fildes, précédé d'un mot que je ne peux pas lire;
quatre pages; votre nom revient plusieurs fois; à transmettre à M. Fabry, n'est-ce pas?

- Non; me la donner.»

En même temps Théodore et Talouel regardèrent M. Vulfran, mais en voyant qu'ils avaient l'un et l'autre
surpris le mouvement qui venait de leur échapper, et trahissait une même curiosité, ils prirent un air

< page précédente | 139 | page suivante >

 
La plupart des textes et des images de ce site font partie du domaine public. Les droits d'auteur pour la présentation des matériaux
et le design du site appartiennent à bibliotheq.net. Toute suggestion et correction est la bienvenue.