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Hector Malot - En famille
- Nous n'étions ici ni l'un ni l'autre à ce moment, nous ne pouvons donc pas savoir ce qui s'est passé; mais étant donné le caractère du personnage, il est vraisemblable d'admettre qu'un événement de cette gravité n'a pas dû se produire sans qu'il ait travaillé à envenimer les choses de façon à les incliner du côté de son intérêt.
- Je n'avais pas pensé à cela, tiens, tiens!
- Pensez-y, et rendez-vous compte du rôle, je ne dis pas qu'il a joué, mais qu'il a pu jouer en voyant l'importance que cette disparition lui permettait de prendre.
- Il est certain qu'à ce moment il pouvait ne pas prévoir que d'autres hériteraient de la place du disparu; mais maintenant que cette place est occupée, quelles espérances peut-il garder?
- Quand ce ne serait que celle que cette occupation n'est pas aussi solide qu'elle en a l'air. Et de fait est-elle si solide que ça?
- Vous croyez...
- J'ai cru en arrivant ici qu'elle l'était; mais depuis j'ai vu par bien des petites choses, que vous avez pu remarquer vous-même, qu'il se fait un travail souterrain à propos de tout, comme à propos de rien, qu'on devine, plutôt qu'on ne le suit, dont le but certainement est de rendre cette occupation intolérable. Y parviendra-t-on? D'un côté arrivera-t-on à leur rendre la vie tellement insupportable qu'ils préfèrent, de guerre lasse, se retirer? De l'autre trouvera-t-on moyen de les faire renvoyer? Je n'en sais rien.
- Renvoyer! Vous n'y pensez pas.
- Évidemment s'ils ne donnent pas prise à des attaques sérieuses, ce sera impossible. Mais si dans la confiance que leur inspire leur situation ils ne se gardent pas; s'ils ne se tiennent pas toujours sur la défensive; s'ils commettent des fautes, et qui n'en commet pas? alors surtout qu'on est tout-puissant et qu'on a lieu de croire l'avenir assuré, je ne dis pas que nous n'assisterons pas à des révolutions intéressantes.
- Pas intéressantes pour moi les révolutions, vous savez.
- Je ne crois pas que j'aurais plus que vous à y gagner; mais que pouvons-nous contre leur marche? Prendre parti pour celui-ci? Prendre parti pour celui-là? Ma foi non. D'autant mieux qu'en réalité mes sympathies sont pour celui dont on vise l'héritage, en escomptant une maladie qui doit, semble-t-il aux uns et aux autres, le faire disparaître bientôt; ce qui, pour moi, n'est pas du tout prouvé.
- Ni pour moi.
- D'ailleurs on ne m'a jamais demandé nettement mon concours, et je ne suis pas homme à l'offrir.
- Ni moi non plus.
- Je m'en tiens au rôle de spectateur, et quand je vois un des personnages de la pièce qui se joue sous nos yeux entreprendre une lutte qui semble impossible aussi bien que folle, n'ayant pour lui que son audace, son énergie...
- Sa canaillerie.
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