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Hector Malot - En famille

la tante Zénobie causait appuyée sur sa barrière avec deux commères; quand elle aperçut Perrine, elle
leva les deux bras au ciel dans un mouvement de stupéfaction, mais aussitôt elle lui adressa son salut le

plus avenant accompagné de son meilleur sourire, celui d'une amie véritable.

«Bonjour, monsieur Vulfran; bonjour, mademoiselle Aurélie.»

Et aussitôt que la voiture eut dépassé la barrière, elle raconta à ses voisines comment elle avait procuré à
cette jeune personne, qui était leur pensionnaire, la bonne place qu'elle occupait auprès de M. Vulfran,

par les renseignements qu'elle avait donnés au Mince:

«Mais c'est une gentille fille, elle n'oubliera pas ce qu'elle me doit, car elle nous doit tout.»

Quels renseignements avait-elle pu donner?

Là-dessus elle avait enfilé une histoire, en prenant pour point de départ les récits de Rosalie, qui,
colportée dans Maraucourt avec les enjolivements que chacun y mettait selon son caractère, son goût ou

le hasard, avait fait à Perrine une légende, ou plus justement cent légendes devenues rapidement le fond

de conversations d'autant plus passionnées que personne ne s'expliquait cette fortune subite; ce qui

permettait toutes les suppositions, toutes les explications avec de nouvelles histoires à côté.

Si le village avait été surpris de voir passer M. Vulfran avec Perrine pour conductrice, Talouel en le
voyant arriver fut absolument stupéfait.

«Où donc est Guillaume? s'écria-t-il en se précipitant au bas de l'escalier de sa véranda pour recevoir le
patron.

- Débarqué pour cause d'ivrognerie invétérée, répondit M. Vulfran en souriant.

- Je suppose que depuis longtemps vous aviez l'intention de prendra cette résolution, dit Talouel.

- Parfaitement.»

Ce mot «je suppose» était celui qui avait commencé la fortune de Talouel dans la maison et établi son
pouvoir. Son habileté en effet avait été de persuader à M. Vulfran qu'il n'était qu'une main, aussi docile

que dévouée, qui n'exécutait jamais que ce que le patron ordonnait ou pensait.

Si j'ai une qualité, disait-il, c'est de deviner ce que veut le patron, et en me pénétrant de ses intérêts, de
lire en lui.»

Aussi commençait-il presque toutes ses phrases par son mot:

«Je suppose que vous voulez...»

Et comme sa subtilité de paysan toujours aux aguets s'appuyait sur un espionnage qui ne reculait devant
aucun moyen pour se renseigner, il était rare que M. Vulfran eût à faire une autre réponse que celle qui se

trouvait presque toujours sur ses lèvres:

«Parfaitement.»

«Je suppose, aussi, dit-il en aidant M. Vulfran à descendre, que celle que vous avez prise pour remplacer
cet ivrogne s'est montrée digne de votre confiance?

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