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Hector Malot - En famille

- On ne peut rien vous cacher.

- Je ne suis pas sourd, Dieu merci.»

Puis s'adressant à Guillaume, qui s'arrêtait:

«D'où viens-tu?

- Monsieur... je vais... vous dire...

- Ton haleine parle pour toi, tu viens du cabaret; et tu es ivre, le bruit de tes pas me le prouve.

- Monsieur... je vais... vous dire....»

Tout en parlant, Guillaume avait détaché le cheval, et, en remettant les guides dans la voiture, fait tomber
le fouet; il voulut se baisser pour le ramasser, et trois fois il sauta par- dessus sans pouvoir le saisir.

«Je crois qu'il vaut mieux que je vous reconduise à Maraucourt, dit le directeur.

- Pourquoi ça? répliqua insolemment Guillaume qui avait entendu.

- Tais-toi, commanda M. Vulfran d'un ton qui n'admettait pas la réplique; à partir de l'heure présente tu
n'es plus a mon service.

- Monsieur... je vais... vous dire...»

Mais, sans l'écouter, M. Vulfran s'adressa à son directeur:

«Je vous remercie, Benoist, la petite va remplacer cet ivrogne.

- Sait-elle conduire?

- Ses parents étaient des marchands ambulants, elle a conduit leur voiture bien souvent; n'est-ce pas,
petite?

- Certainement, monsieur.

- D'ailleurs, Coco est un mouton; si on ne le jette pas dans un fossé, il n'ira pas de lui-même.»

Il monta en voiture, et Perrine prit place près de lui, attentive, sérieuse, avec la conscience bien évidente
de la responsabilité dont elle se chargeait.

«Pas trop vite, dit M. Vulfran, quand elle toucha Coco du bout de son fouet légèrement.

- Je ne tiens pas du tout à aller vite, je vous assure, monsieur.

- C'est déjà quelque chose.»

Quelle surprise quand, dans les rues de Maraucourt, on vit le phaéton de M. Vulfran conduit par une
petite fille coiffée d'un chapeau de paille noire, vêtue de deuil, qui conduisait sagement le vieux Coco, au

lieu de le mener du train désordonné que Guillaume obligeait la vieille bête à prendre bien malgré elle!

Que se passait-il donc? Quelle était cette petite fille? Et l'on se mettait sur les portes pour s'adresser ces

questions, car les gens étaient rares dans le village qui la connaissaient, et plus rares encore ceux qui

savaient quelle place M. Vulfran venait de lui donner auprès de lui. Devant la maison de mère Françoise,

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