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Hector Malot - En famille
«Ce qui est plus drôle que notre dîner, c'est la façon dont je me suis procuré les ustensiles de cuisine pour le faire cuire, et aussi comment, sans rien dépenser, ce qui m'eût été impossible, j'ai réuni les mets de notre menu. C'est cela que je vais vous dire, en commençant par le commencement qui expliquera comment j'ai vécu dans l'aumuche depuis que je m'y suis installée.
Pendant son récit elle ne quitta pas M. Vulfran des yeux, prête à couper court, si elle voyait se produire des signes d'ennui, qui certainement ne lui échapperaient pas.
Mais ce ne fut pas de l'ennui qui se manifesta, au contraire ce fut de la curiosité et de l'intérêt.
«Tu as fait cela»!» interrompit-il plusieurs fois.
Alors il l'interrogea pour qu'elle précisât ce que, par crainte de le fatiguer, elle avait abrégé, et lui posa des questions qui montraient qu'il voulait se rendre un compte exact non seulement de son travail, mais surtout des moyens qu'elle avait employés pour remplacer ce qui lui manquait:
«Tu as fait cela!»
Quand elle fut arrivée au bout de son histoire, il lui posa la main sur les cheveux:
«Allons, tu es une brave fille, dit-il, et je vois avec plaisir qu'on pourra faire quelque chose de toi. Maintenant va dans ton bureau et occupe ton temps comme tu voudras; à trois heures nous sortirons.»
XXVIII
Son bureau, ou plutôt celui de Bendit, n'avait rien pour les dimensions ni l'ameublement du cabinet de M. Vulfran, qui avec ses trois fenêtres, ses tables, ses cartonniers, ses grands fauteuils en cuir vert, les plans des différentes usines accrochés aux murs dans des cadres en bois doré, était très imposant et bien fait pour donner une idée de l'importance des affaires qui s'y décidaient.
Tout petit au contraire était le bureau de Bendit, meublé d'une seule table avec deux chaises, des casiers en bois noirci, et une chart of the world sur laquelle des pavillons de diverses couleurs désignaient les principales lignes de navigation; mais cependant avec son parquet de pitchpin bien ciré, sa fenêtre au milieu tendue d'un store en jute à dessins rouges, il paraissait gai à Perrine, non seulement en lui-même, mais encore parce qu'en laissant sa porte ouverte, elle pouvait voir et quelquefois entendre ce qui se passait dans les bureaux, voisins: à droite et à gauche du cabinet de M. Vulfran, ceux des neveux, M. Edmond et M. Casimir, ensuite ceux de la comptabilité et de la caisse, enfin vis-à-vis celui de Fabry, dans lequel des commis dessinaient debout devant de hautes tables inclinées.
N'ayant rien à faire et n'osant occuper la place de Bendit, Perrine s'assit à côté de cette porte, et, pour passer le temps, elle lut des dictionnaires qui étaient les seuls livres composant la bibliothèque de ce bureau. À vrai dire, elle en eût mieux aimé d'autres, mais il fallut bien qu'elle se contentât de ceux-là, qui lui firent paraître les heures longues.
Enfin la cloche sonna le déjeuner, et elle fut une des premières à sortir; mais en chemin, elle fut rejointe par Fabry et Mombleux, qui, comme elle, se rendaient chez mère Françoise.
«Eh bien, mademoiselle, vous voilà donc notre camarade,» dit Mombleux, qui n'avait pas oublié son humiliation de Saint-Pipoy et voulait la faire payer à celle qui la lui avait infligée.
Elle fut un moment déconcertée par ces paroles dont elle sentit l'ironie, mais elle se remit vite:
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