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Hector Malot - En famille

- Je vous remercie, madame, je viendrai le chercher ce soir.

- Pas avant huit heures, pas après neuf.»

Perrine avait cette bonne raison pour ne pas vouloir qu'on lui envoyât ses vêtements, qu'elle ne savait pas
où elle coucherait le soir. Dans son île, il n'y fallait pas songer. Qui n'a rien se passe de portes et de

serrures, mais la richesse - car malgré le dédain de cette marchande, ce qu'elle venait d'acheter constituait

pour elle de la richesse - a besoin d'être gardée; il fallait donc que la nuit suivante elle eût un logement, et

tout naturellement elle pensa à le prendre chez la grand'mère de Rosalie, et en sortant de chez Mme

Lachaise elle se dirigea vers la maison de mère Françoise, pour voir si elle trouverait là ce qu'elle

désirait, c'est-à-dire un cabinet ou une toute petite chambre, qui ne coûtât pas cher.

Comme elle allait arriver à la barrière, elle vit Rosalie sortir d'une allure légère.

«Vous partez!»

- Et vous, vous êtes donc libre!»

En quelques mots précipités elles s'expliquèrent:

Rosalie, qui allait à Picquigny pour une commission pressée, ne pouvait pas rentrer chez sa grand'mère
immédiatement comme elle l'aurait voulu, de façon à arranger pour le mieux la location du cabinet; mais

puisque Perrine n'avait rien à faire de la journée, pourquoi ne l'accompagnerait-elle pas à Picquigny?

elles reviendraient ensemble; ce serait une partie de plaisir.

Rapide à l'aller, cette partie de plaisir, une fois la commission faite, s'agrémenta si bien au retour de
bavardages, de flâneries, de courses dans les prairies, de repos à l'ombre, qu'elles ne rentrèrent que le soir

à Maraucourt; mais ce fut seulement en passant la barrière de sa grand'mère que Rosalie eut conscience

de l'heure.

«Qu'est-ce que va dire tante Zénobie?

- Dame!

- Ma foi tant pis; je me suis bien amusée. Et vous?

- Si vous vous êtes amusée, vous qui avez avec qui vous entretenir toute la journée, pensez ce qu'a été
notre promenade pour moi qui n'ai personne.

- C'est vrai tout de même.»

Heureusement la tante Zénobie était occupée à servir les pensionnaires, de sorte que l'arrangement se fit
avec mère Françoise, ce qui permit qu'il se conclût assez promptement sans être trop dur: cinquante

francs par mois pour deux repas par jour, douze francs pour un cabinet orné d'une petite glace avec une

fenêtre et une table de toilette.

À huit heures Perrine dînait seule à sa table dans la salle commune une serviette sur ses genoux; à huit
heures et demie elle allait chercher ses vêtements qui se trouvaient prêts; et à neuf heures, dans son

cabinet dont elle fermait la porte à clef, elle se coucha un peu troublée, un peu grisée, la tête vacillante,

mais au fond pleine d'espoir. Maintenant on allait voir.

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