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Hector Malot - En famille

- Mais...

- Si vous n'avez pas compris, c'est bête; je ne vais pas perdre mon temps à vous écouter.»

Ainsi congédiés, les trois ouvriers s'en allèrent la tête basse, et Perrine reprit son attente jusqu'à ce que
Guillaume vint la chercher pour l'introduire dans un vaste bureau où elle trouva M. Vulfran assis devant

une grande table couverte de dossiers qu'appuyaient des presse-papiers marqués d'une lettre en relief,

pour que la main les reconnût à défaut des yeux, et dont l'un des bouts était occupé par des appareils

électriques et téléphoniques.

Sans l'annoncer, Guillaume avait refermé la porte derrière elle. Après un moment d'attente, elle crut
qu'elle devait avertir M. Vulfran de sa présence:

«C'est moi, Aurélie, dit-elle.

- J'ai reconnu ton pas; approche et écoute-moi. Ce, que tu m'as raconté de tes malheurs, et aussi l'énergie
que tu as montrée m'ont intéressé à ton sort. D'autre part, dans ton rôle d'interprète avec les monteurs,

dans les traductions que je t'ai fait faire, enfin dans nos entretiens j'ai rencontré en toi une intelligence qui

m'a plu. Depuis que la maladie m'a rendu aveugle, j'ai besoin de quelqu'un qui voie pour moi, et qui

sache regarder ce que je lui indique aussi bien que m'expliquer ce qui le frappe. J'avais espéré trouver

cela dans Guillaume, qui lui est aussi intelligent, mais par malheur la boisson l'a si bien aboli qu'il n'est

plus bon qu'à faire un cocher, et encore à condition d'être indulgent. Veux-tu remplir auprès de moi la

place que Guillaume n'a pas su prendre? Pour commencer tu auras quatre-vingt-dix francs par mois, et

des gratifications si, comme je l'espère, je suis content de toi.»

Suffoquée par la joie, Perrine resta sans répondre.

«Tu ne dis rien?

- Je cherche des mots pour vous remercier, mais je suis émue, si troublée que je n'en trouve pas; ne
croyez pas...»

Il l'interrompit:

«Je crois que tu es émue en effet, ta voix me le dit, et j'en suis bien aise, c'est une promesse que tu feras
ce que tu pourras pour me satisfaire.

Maintenant autre chose: as-tu écrit à tes parents?

- Non, monsieur; je n'ai pas pu, je n'ai pas de papier...

- Bon, bon; tu vas pouvoir le faire, et tu trouveras dans le bureau de M. Bendit, que tu occuperas en
attendant sa guérison, tout ce qui te sera nécessaire. En écrivant, tu devras dire à tes parents la position

que tu occupes dans ma maison; s'ils ont mieux à t'offrir, ils te feront venir; sinon, ils te laisseront ici.

- Certainement, je resterai ici.

- Je le pense, et je crois que c'est le meilleur pour toi maintenant. Comme tu vas vivre dans les bureaux
où tu seras en relation avec les employés, à qui tu porteras mes ordres, comme d'autre part tu sortiras

avec moi, tu ne peux pas garder tes vêtements d'ouvrière, qui, m'a dit Benoist, sont fatigués....

- Des guenilles; mais je vous assure, monsieur, que ce n'est ni par paresse, ni par incurie, hélas!

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