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Hector Malot - En famille
fâchés contre lui et avec lui sans raisons sérieuses, il me semble.
- Évidemment; mais les griefs qu'ils pouvaient avoir contre lui, ils ne les ont pas contre toi; les fautes des pères ne retombent pas sur les enfants.
- Si cela pouvait être vrai!»
Elle jeta ces quelques mots avec un accent si ému, que M. Vulfran en fut frappé.
«Tu vois comme au fond du coeur, tu souhaites d'être accueillie par eux.
- Mais il n'est rien que je redoute tant que d'être repoussée.
- Et pourquoi le serais-tu? Tes grands parents avaient-ils d'autres enfants que ton père?
- Non.
- Pourquoi ne seraient-ils pas heureux que tu leur tiennes lieu du fils perdu? Tu ne sais pas ce que c'est que d'être seul au monde.
- Mais justement je ne le sais que trop.
- La jeunesse isolée, qui a l'avenir devant elle, n'est pas du tout dans la même situation que la vieillesse, qui n'a que la mort.»
S'il ne pouvait pas la voir, elle de son côté ne le quittait pas des yeux, tâchant de lire en lui les sentiments que ses paroles, trahissaient: après cette allusion à la vieillesse, elle s'oublia à chercher sur sa physionomie la pensée du fond de son coeur.
«Eh bien, dit-il après un moment d'attente, que décides-tu?
- N'allez pas imaginer, monsieur, que je balance; c'est l'émotion qui m'empêche de répondre; ah! si je pouvais croire que ce serait une fille qu'on recevrait, non une étrangère qu'on repousserait!
- Tu ne connais rien de la vie, pauvre petite; mais sache bien que la vieillesse ne peut pas plus être seule que l'enfance.
- Est-ce que tous les vieillards pensent ainsi, monsieur?
- S'ils ne le pensent pas, ils le sentent.
- Vous croyez?», dit-elle les yeux attachés sur lui, frémissante.
Il ne lui répondit pas directement, mais parlant à mi-voix comme s'il s'entretenait avec lui-même:
«Oui, dit-il, oui, ils le sentent.»
Puis se levant brusquement comme pour échapper à des idées qui lui seraient douloureuses, il dit d'un ton de commandement:
«Au bureau.»
XXVI
Quand l'ingénieur Fabry reviendrait-il?
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