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Hector Malot - En famille

«Tu n'as pas eu l'idée de tendre la main? demanda-t-il, quand elle en fut à sa sortie de la forêt où l'orage
avait fondu sur elle.

- Non, monsieur, jamais.

- Mais sur quoi as-tu compté quand tu as vu que tu ne trouvais pas d'ouvrage?

- Sur rien; j'ai espéré qu'en allant tant que j'aurais des forces, je pouvais me sauver; c'est quand j'ai été à
bout, que je me suis abandonnée, parce que je ne pouvais plus; si j'avais faibli une heure plus tôt, j'étais

perdue.»

Elle raconta alors comment elle était sortie de son évanouissement sous les léchades de son âne, et
comment elle avait été secourue par la marchande de chiffons; puis, passant vite sur le temps pendant

lequel elle était restée chez la Rouquerie, elle en vint à la rencontre qu'elle avait faite de Rosalie:

«En causant, dit-elle, j'appris que dans vos usines on donne du travail à tous ceux qui en demandent, et je
me décidai à me présenter; on voulut bien m'envoyer aux cannetières.

- Quand vas-tu te remettre en route?»

Elle ne s'attendait pas à cette question qui l'interloqua:

«Mais je ne pense pas à me remettre en route, répondit-elle après un moment de réflexion.

- Et tes parents?

- Je ne les connais pas; je ne sais pas s'ils sont disposés à me faire bon accueil, car ils étaient fâchés avec
mon père. J'allais près d'eux, parce que je n'ai personne à qui demander protection, mais sans savoir s'ils

voudraient m'accueillir. Puisque je trouve à travailler ici, il me semble que le mieux pour moi est de

rester ici. Que deviendrais-je si l'on me repoussait? Assurée de ne pas mourir de faim, j'ai très peur de

courir de nouvelles aventures. Je ne m'y exposerais que si j'avais des chances de mon côté.

- Ces parents se sont-ils jamais occupés de toi?

- Jamais.

- Alors ta prudence peut être avisée; cependant, si tu ne veux pas courir l'aventure d'aller frapper à une
porte qui reste fermée et te laisse dehors, pourquoi n'écrirais-tu pas, soit à tes parents, soit au maire ou au

curé de ton village? Ils peuvent n'être pas en état de te recevoir; et alors tu restes ici où ta vie est assurée.

Mais ils peuvent aussi être heureux de te recevoir à bras ouverts; alors tu trouves près d'eux une

affection, des soins, un soutien qui te manqueront si tu restes ici; et il faut que tu saches que la vie est

difficile pour une fille de ton âge qui est seule au monde, ... triste aussi.

- Oui, monsieur, bien triste, je le sais, je le sens tous les jours, et je vous assure que si je trouvais des bras
ouverts, je m'y jetterais avec bonheur; mais s'ils restent aussi fermés pour moi qu'ils l'ont été pour mon

père...

- Tes parents avaient-ils des griefs sérieux contre ton père, je veux dire légitimes par suite de fautes
graves?

- Je ne peux pas penser que mon père, que j'ai connu si bon pour tous, si brave, si généreux, si tendre, si
affectueux pour ma mère et pour moi, ait jamais rien fait de mal; mais enfin ses parents ne se sont pas

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