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Hector Malot - En famille

- Parce que c'est un mot de métier que je ne connais pas.

- Dis ce mot en anglais.

- Hydraulic mangle.

- C'est bien cela.»

Il répéta le mot en anglais, mais avec un tout autre accent que les ouvriers, ce qui expliquait qu'il n'eût
pas compris ceux-ci lorsqu'ils l'avaient prononcé; puis s'adressant au directeur:

«Vous voyez que les Aveline nous ont devancés; nous n'avons donc pas de temps à perdre: je vais
télégraphier à Fabry de revenir au plus vite; mais en attendant il nous faut décider ces gaillards-là à se

mettre au travail. Demande-leur, petite, pourquoi ils se croisent les bras.»

Elle traduisit la question, à laquelle celui qui paraissait le chef fit une longue réponse.

«Eh bien? demanda M. Vulfran.

- Ils répondent des choses très compliquées pour moi.

- Tâche cependant de me les expliquer.

- Ils disent que le plancher n'est pas assez solide pour porter leur machine qui pèse cent vingt mille
livres...»

Elle s'interrompit pour interroger les ouvriers en anglais:

«_One hundred and twenty?

- Yes.

- C'est bien cent vingt mille livres, et que ce poids crèverait le plancher, la machine travaillant.

- Les poutres ont soixante centimètres de hauteur.»

Elle transmit l'objection, écouta la réponse des ouvriers, et continua:

«Ils disent qu'ils ont vérifié l'horizontalité du plancher et qu'il a fléchi. Ils demandent qu'on fasse le calcul
de résistance, ou qu'on place des étais sous le plancher.

- Le calcul, Fabry le fera à son retour; les étais, on va les placer tout de suite. Dis-leur cela. Qu'ils se
mettent donc au travail sans perdre une minute. On leur donnera tous les ouvriers dont ils peuvent avoir

besoin: charpentiers, maçons. Ils n'auront qu'à demander en s'adressant à toi qui seras à leur disposition,

n'ayant qu'à transmettre leurs demandes à M. Benoist.»

Elle traduisit ces instructions aux ouvriers, qui parurent satisfaits quand elle dit qu'elle serait leur
interprète.

«Tu vas donc rester ici, continua M. Vulfran; on te donnera une fiche pour ta nourriture et ton logement à
l'auberge, où tu n'auras rien à payer. Si l'on est content de toi, tu recevras une gratification au retour de

M. Fabry.»

XXIV

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