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Hector Malot - En famille

- Vous voyez, Benoist, que ce que cette petite dit là n'est pas sot, fit M. Vulfran en s'adressant à son
directeur.

- Je vous assure qu'elle n'a pas l'air bête du tout.

- Alors, nous allons peut-être en tirer quelque chose.»

Il se leva en s'appuyant sur une canne et prit le bras du directeur.

«Suis-nous, mon enfant.»

Ordinairement les yeux de Perrine savaient voir et retenir ce qu'ils rencontraient, mais dans le trajet
qu'elle fit derrière M. Vulfran, ce fut en dedans qu'elle regarda: qu'allait-il advenir de cet entretien avec

les mécaniciens anglais?

En arrivant devant un grand bâtiment neuf construit en briques blanches et bleues émaillées, elle aperçut
Mombleux qui se promenait en long et en large d'un air ennuyé, et elle crut voir qu'il lui lançait un

mauvais regard.

On entra et l'on monta au premier étage, où au milieu d'une vaste salle se trouvaient sur le plancher des
grandes caisses en bois blanc, bariolées d'inscriptions de diverses couleurs avec les noms Matter

et Platte, Manchester, répétés partout; sur une de ces caisses, les mécaniciens anglais étaient

assis, et Perrine remarqua que pour le costume au moins ils avaient la tournure de gentlemen; complet de

drap, épingle d'argent à la cravate, et cela lui donna à espérer qu'elle pourrait mieux les comprendre que

s'ils étaient des ouvriers grossiers. À l'arrivée de M. Vulfran ils s'étaient levés; alors celui-ci se tourna

vers Perrine:

«Dis-leur que tu parles anglais et qu'ils peuvent s'expliquer avec toi.»

Elle fit ce qui lui était commandé, et aux premiers mots elle eut là satisfaction de voir la physionomie
renfrognée des ouvriers s'éclairer; il est vrai que ce n'était là qu'une phrase de conversation courante,

mais leur demi-sourire était de bon augure.

«Ils ont parfaitement compris, dit le directeur.

- Alors maintenant, dit M. Vulfran, demande-leur pourquoi ils viennent huit jours avant la date fixée pour
leur arrivée; cela fait que l'ingénieur qui devait les diriger et qui parle anglais est absent.»

Elle traduisit cette phrase fidèlement, et tout de suite la réponse que l'un d'eux lui fit:

«Ils disent qu'ayant achevé à Cambrai le montage de machines plus tôt qu'ils ne pensaient, ils sont venus
ici directement au lieu de repasser par l'Angleterre.

- Chez qui ont-ils monté ces machines à Cambrai? demanda M. Vulfran.

- Chez MM. Aveline frères.

- Quelles sont ces machines?»

La question posée et la réponse reçue en anglais, Perrine hésita.

«Pourquoi hésites-tu? demanda vivement M. Vulfran d'un ton impatient.

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