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Hector Malot - En famille

- Il ne s'agit pas d'une pauvre fille ou d'une demoiselle, il s'agit de savoir si vous parlez l'anglais.

- Je le parle, mais traduire une lettre d'affaires, c'est autre chose.

- Pas avec M. Mombleux qui connaît les affaires.

- Peut-être. Alors, s'il en est ainsi, dites à M. Mombleux que je serais bien heureuse de pouvoir faire
quelque chose pour M. Bendit.

- Je le lui dirai.»

La perche, malgré sa grosseur, avait été dévorée, et le cresson avait aussi disparu. On arrivait au dessert.
Perrine se leva et remplaça les feuilles de berce sur lesquelles le poisson avait été servi par des feuilles de

nénuphar en forme de coupe, veinées et vernissées comme eût pu l'être le plus beau des émaux: puis elle

offrit ses groseilles à maquereau:

«Acceptez donc, dit-elle en riant comme si elle avait joué à la poupée, quelques fruits de mon jardin.

- Où est-il, votre jardin?

- Sur notre tête: un groseillier a poussé dans les branches d'un des saules qui sert de pilier à la maison.

- Savez-vous que vous n'allez pas pouvoir l'occuper longtemps encore votre maison?

- Jusqu'à l'hiver, je pense.

- Jusqu'à l'hiver! Et la chasse au marais qui va ouvrir; à ce moment l'aumuche servira pour sûr.

- Ah! mon Dieu.»

La journée qui avait si bien commencé finit sur cette terrible menace, et cette nuit-là fut certainement la
plus mauvaise que Perrine eût passée dans son île depuis qu'elle l'occupait.

Où irait-elle?

Et tous ses ustensiles, qu'elle avait eu tant de peine à réunir, qu'en ferait-elle?

XXIII

Si Rosalie n'avait parlé que de la prochaine ouverture de la chasse au marais, Perrine serait restée sous le
coup de ce danger gros de menaces pour elle, mais ce qu'elle avait dit de la maladie de Bendit et des

traductions de Mombleux apportait une diversion à cette impression.

Oui, elle était charmante son île et ce serait un vrai désastre que de la quitter; mais en ne la quittant point,
elle ne se rapprocherait pas, et même il semblait qu'elle ne se rapprocherait jamais du but que sa mère lui

avait fixé et qu'elle devait poursuivre. Tandis que si une occasion se présentait pour elle d'être utile à

Bendit et à Mombleux, elle se créait ainsi des relations qui lui entr'ouvriraient peut-être des portes par

lesquelles elle pourrait passer plus tard; et c'était là une considération qui devait l'emporter sur toutes les

autres, même sur le chagrin d'être dépossédée de son royaume: ce n'était pas pour jouer à ce jeu, si

amusant qu'il fût, pour dénicher des nids, pêcher des poissons, cueillir des fleurs, écouter le chant des

oiseaux, donner des dînettes, qu'elle avait supporté les fatigues et les misères de son douloureux voyage.

Le lundi, comme cela avait été convenu avec Rosalie, elle passa devant la maison de mère Françoise à la

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