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Hector Malot - En famille
- Pas possible.
- C'est pourtant vrai, et voilà pourquoi, ne pouvant pas non plus me procurer une casserole pour me faire de la soupe et une cuiller pour la manger, j'ai dû les fabriquer, et je vous assure que pour la cuiller ç'a été plus difficile que pour les espadrilles.
- Vous voulez rire.
- Mais non, je vous assure.»
Et sans rien dissimuler, elle raconta son installation dans l'aumuche, ainsi que ses travaux pour fabriquer ses ustensiles, ses chasses aux oeufs, ses pêches dans l'entaille, ses cuisines dans la carrière.
À chaque instant Rosalie poussait des exclamations de joie comme si elle entendait une histoire tout à fait extraordinaire:
«Ce que vous devez vous amuser! s'écria-t-elle quand Perrine expliqua comment elle avait fait sa première soupe à l'oseille.
- Quand ça réussit, oui; mais quand ça ne marche pas! J'ai travaillé trois jours pour ma cuiller; je ne pouvais pas arriver à creuser la palette: j'ai gâché deux morceaux de fer-blanc; il ne m'en restait plus qu'un seul; pensez à ce que je me suis donné de coups de caillou sur les doigts.
- Je pense à votre soupe
- C'est vrai qu'elle était bonne...
- Je vous crois.
- Pour moi qui n'en mange jamais, et ne mange non plus rien de chaud.
- Moi j'en mange tous les jours, mais ce n'est pas la même chose: est-ce drôle qu'il y ait de l'oseille dans les prairies, et des carottes, et des salsifis!
- Et aussi du cresson, de la ciboulette, des mâches, des panais, des navets, des raiponces, des bettes et bien d'autres plantes bonnes à manger.
- Il faut savoir.
- Mon père m'avait appris à les connaître.»
Rosalie garda le silence un moment d'un air réfléchi; à la fin elle se décida:
«Voulez-vous que j'aille vous voir?
- Avec plaisir si vous me promettez de ne dire à personne où je demeure.
- Je vous le promets.
- Alors quand voulez-vous venir?
- J'irai dimanche chez une de mes tantes à Saint-Pipoy; en revenant dans l'après-midi je peux m'arrêter.»
À son tour Perrine eut un moment d'hésitation, puis d'un air affable:
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