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Hector Malot - En famille

Maintenant pour faire la soupe dont elle avait si grande envie, il ne lui manquait plus que du beurre et de
l'oseille.

Pour le beurre, il en était comme du pain et du sel; ne pouvant pas le faire de ses propres mains,
puisqu'elle n'avait pas de lait, elle devait l'acheter.

Mais pour l'oseille elle économiserait cette dépense, par une recherche dans les prairies où non seulement
elle trouverait de l'oseille sauvage, mais aussi des carottes, des salsifis qui tout en n'ayant ni la beauté, ni

la grosseur des légumes cultivés, seraient encore très bons pour elle.

Et puis il n'y avait pas que des oeufs et des légumes dont elle pouvait composer le menu de son dîner,
maintenant qu'elle s'était fabriqué des vases pour les cuire, une cuiller en fer-blanc et une fourchette en

bois pour les manger, il y avait aussi les poissons de l'étang, si elle était assez adroite pour les prendre.

Que fallait-il pour cela? Des lignes qu'elle amorcerait avec des vers qu'elle chercherait dans la vase. De la

ficelle qu'elle avait achetée pour ses espadrilles, il restait un bon bout; elle n'eut qu'à dépenser un sou

pour des hameçons; et avec des crins de cheval qu'elle ramassa devant la forge, ses lignes furent

suffisantes pour pêcher plusieurs sortes de poissons, sinon les plus beaux de l'entaille qu'elle voyait, dans

l'eau claire, passer dédaigneux devant ses amorces trop simples, au moins quelques-uns des petits, moins

difficiles, et qui pour elle étaient d'une grosseur bien suffisante.

TOME SECOND

XXII

Très occupée par ces divers travaux qui lui prenaient toutes ses soirées, elle resta plus d'une semaine sans
aller voir Rosalie; et comme, par une de leurs camarades aux cannetières qui logeait chez mère

Françoise, elle eut de ses nouvelles; d'autre part comme elle craignait d'être reçue par la terrible tante

Zénobie, elle laissa les jours s'ajouter aux jours; mais à la fin, un soir elle se décida à ne pas rentrer tout

de suite chez elle, où d'ailleurs elle n'avait pas à faire son dîner, composé d'un poisson froid pris et cuit la

veille.

Justement Rosalie était seule dans la cour, assise sous un pommier; en apercevant Perrine elle vint à la
barrière d'un air à moitié fâché et à moitié content:

«Je croyais que vous vouliez, ne plus venir?

- J'ai été occupée.

- À quoi donc?»

Perrine ne pouvait pas ne pas répondre: elle, montra ses espadrilles, puis elle raconta comment elle avait
confectionné sa chemise.

«Vous ne pouviez pas emprunter des ciseaux aux gens de votre maison? dit Rosalie étonnée.

- Il n'y a pas de gens qui puissent me prêter, des ciseaux dans ma maison.

- Tout le monde a des ciseaux.»

Perrine se demanda si elle devait continuer à garder le secret sur son installation, mais pensant qu'elle ne
pourrait le faire que par des réticences qui fâcheraient Rosalie, elle se décida à parler.

«Personne ne demeure dans ma maison, dit-elle en souriant.

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