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Hector Malot - Baccara
Et avec la satisfaction égoïste de celui qui, du rivage, jouit de l'horreur d'une tempête, il se disait qu'heureusement pour lui il était à l'abri de ce danger.
- Qu'irait-il faire dans cette galère?
Mais comme l'égoïsme justement ne faisait pas du tout le fond de sa nature, comme il était au contraire bonhomme, et compatissait d'un coeur sensible à la douleur et au malheur, plus d'une fois il avait cru devoir adresser des avertissements à quelques-uns de ceux qui, pour une raison ou pour une autre, l'intéressaient plus particulièrement.
Et dans les premiers temps, amicalement, cordialement, en leur prenant le bras et en le passant sous le sien comme on fait avec un camarade, il leur avait dit ce qu'il croyait propre à leur ouvrir les yeux, les grondant, les chapitrant. Quelquefois même, dans des cas graves, il les avait fait comparaître dans son cabinet de président, et là, entre quatre yeux, il les avait sérieusement avertis: «Vous jouez trop gros jeu, mon jeune ami, et, permettez-moi de vous le dire, un jeu qui n'est pas en rapport avec vos ressources.»
Mais il ne lui avait pas fallu longtemps pour reconnaître que ses discours les plus affectueux étaient aussi peu efficaces que les semonces les plus vertes; tendres ou dures, ses paroles ne produisaient aucun effet.
Alors il avait renoncé aux discours, avec regret il est vrai, mais enfin il y avait renoncé, n'étant point homme à persister dans une tâche dont il reconnaissait lui-même l'inutilité.
- Ils sont trop bêtes! s'était-il dit.
Mais pour ne plus faire le Mentor, il ne renoncerait pas à faire le président: c'était lui qui avait la charge de l'honneur de son cercle, et l'honneur du Grand I était que le jeu y fût contenu dans des limites raisonnables.
Il veillerait à cela; il protégerait les joueurs malgré eux et contre eux: son cercle ne deviendrait pas un tripot.
Alors on l'avait vu rester tard au cercle et quelquefois même y passer la plus grande partie de la nuit: continuellement il circulait dans les salons, rôdant autour des tables, regardant le jeu comme s'il avait eu mission de le surveiller; parfois, on l'apercevait endormi dans un fauteuil, surpris par la fatigue; mais, aussitôt qu'il s'éveillait, il reprenait ses promenades en cherchant à savoir ce qui s'était passé pendant qu'il sommeillait.
Plus d'une fois il était arrivé que pendant qu'il se tenait debout, les mains dans ses poches à côté de la table de baccara, un joueur lui avait dit:
- Et vous, mon président, n'en taillez-vous donc pas une?
Et alors il avait répondu en haussant les épaules
- Le baccara! mais c'est à peine si je sais les règles de ce jeu, si simples cependant.
- C'est si facile.
- Plus facile qu'amusant: il y a des présidents dont c'est la force de ne pas toucher une carte... et je suis de ceux-là.
Jusqu'alors Frédéric, qui avait assisté aux tentatives que son président faisait pour détourner du jeu
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