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Hector Malot - Baccara
- Mon fils, il se passe ici d'étranges choses.
Adeline regarda sa femme avec inquiétude, s'imaginant qu'une difficulté ou une querelle s'était élevée entre sa mère et elle, ce qu'il redoutait le plus au monde.
- Je m'en suis plainte à ma bru, continua la Maman, mais comme elle n'a pas tenu compte de mes observations, il faut bien que je te les fasse à toi-même, quoiqu'il m'en coûte d'affaiter ton retour de querelles, quand tu rentres chez toi pour te reposer.
Madame Adeline voulut épargner à son mari l'impatience de chercher où tendait ce discours.
- Il s'agit de Michel Debs, dit-elle doucement.
- Justement, il s'agit de ce Michel Debs qui ne démarre pas d'ici.
- Oh! Maman! interrompit madame Adeline.
- Je suis fiable peut-être; quand je dis quelque chose on peut me croire: bien sûr que ce clampin ne reste pas ici du matin au soir, je ne prétends pas ça, mais il cherche toutes les occasions pour y venir et pour voir Berthe. Qu'est-ce que cela signifie?
- Tu sais bien qu'il aime Berthe; il est tout naturel qu'il cherche à la rencontrer.
- Alors tu autorises ces visites?
Ce n'est pas pour rien qu'on est Normand.
- Je ne trouve pas mauvais que Berthe connaisse mieux ce garçon; il me semble que c'est toujours ainsi qu'on devrait procéder dans un mariage.
- Et s'il lui plaît?
- Dame!
- Tu l'accepterais pour gendre?
- Voudrais-tu faire le malheur de ta petite-fille?
- C'est justement pour n'avoir pas à faire son malheur que j'ai demandé à ta femme de fermer notre porte à ce garçon; elle ne m'a pas écoutée; il a continué à venir et on a continué à lui faire bonne figure; je me suis tenue à quatre pour ne pas le mettre moi-même à la porte; c'est un scandale, une abomination; tout Elbeuf sait qu'il vient chez nous pour Berthe; à la messe on me regarde.
Il était vrai que tout Elbeuf s'occupait du mariage de Michel Debs avec Berthe Adeline. Des discussions s'étaient engagées sur ce sujet. On ne parlait que de cela. Et comme ni les Eck et Debs, ni les Adeline n'avaient fait de confidence à personne, on se demandait si c'était possible. Pour tâcher de deviner quelque chose, les dévotes de Saint-Etienne dévisageaient la vieille madame Adeline, et devant ces regards elle s'exaspérait, elle s'indignait, non pas tant parce qu'elle était un objet de curiosité que parce qu'elle devinait les hésitations de celles qui l'examinaient: comment pouvaient-elles la croire capable d'accepter un pareil mariage!
- Maintenant, reprit-elle, tu vas me répondre franchement et décider entre ta femme et moi: autorises-tu
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