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Hector Malot - Baccara

Il en fit une aussi au nom de l'ancien ambassadeur, dont l'existence besoigneuse ne lui était pas inconnue.

Mais pour les autres, Bagarry, le compositeur de musique, Fastou, le statuaire, il lut couramment, de
même pour les notables commerçants dont Adeline avait obtenu lui-même les signatures.

A l'exception du général Epaminondas et de l'ancien ambassadeur, il n'y avait rien à dire sur ces noms;
encore ce qu'on aurait pu opposer à ceux qui n'étaient pas nets manquait-il de précision: on accusait le

général de tricher, mais il n'avait jamais été chassé d'aucun cercle; l'ancien ambassadeur vivait dans les

tripots, cela était certain, mais en vivait-il réellement comme on le racontait? Barthelasse et les directeurs

de casinos qui l'avaient employé s'étaient bien gardés de publier leurs mémoires avec pièces justificatives

à l'appui; combien d'autres aussi haut placés que lui étaient comme lui des déclassés!

- Vous voyez, dit Adeline, qui était fier de sa liste, que je ne vous présente que des noms en qui on doit
avoir pleine confiance.

- Évidemment.

- Et je crois que plus d'une fois on a accordé des autorisations à des gens qui ne présentaient pas les
garanties que nous offrons.

- Malheureusement; mais c'est qu'alors nous avons été trompés. Nous ne sommes pas infaillibles. Il est
arrivé, j'en conviens, qu'on nous a présenté des listes de noms aussi honorables que ceux de la vôtre, avec

un gérant offrant toutes les garanties de moralité, de solvabilité, et que cependant le cercle que nous

avons autorisé s'est changé, au bout de quelques mois, en un tripot et un coupe-gorge, avec

bourrage
de la cagnotte et étouffage des jetons. Mais est-ce notre faute? N'est-ce pas plutôt
celle des fondateurs qui se sont laissé tromper et par qui nous avons été trompés nous-mêmes? Voilà ce

qu'il faut examiner et le point sur lequel j'appelle toute votre attention, en insistant, si vous le permettez,

sur l'estime que vous m'inspirez.

Si Adeline était un naïf et un ignorant qui se laissait duper par des coquins assez adroits pour se cacher, il
y avait dans cette tirade de quoi lui ouvrir les yeux et lui donner à réfléchir.

Mais ce n'était pas seulement en son ami le vicomte qu'Adeline avait foi, c'était aussi en lui-même, en
son honnêteté, en sa clairvoyance; il ne serait pas un président qui laisserait aller les choses au hasard; il

lui donnerait son temps, à son cercle, il le surveillerait, il le gouvernerait d'une main ferme.

- Si ces cercles sont devenus des tripots, dit-il, c'est que leurs administrateurs ne les ont point
administrés, c'est que leurs présidents ne les ont point présidés; pour moi, je puis vous donner ma parole

que je serai un président sérieux et que le tableau que vous venez de m'esquisser ne se réalisera point

pour nous.

Était-il réellement sourd, ou bien ne voulait-il pas entendre? Le préfet voulut faire une dernière tentative;
affectueusement il lui prit le bras et le passant sous le sien:

- Voyons, mon cher député, franchement est-ce que vous croyez que la fondation d'un nouveau cercle est
bien urgente, et que vous et vos amis vous ne trouveriez pas dans un des cercles déjà existants le centre

de réunion intime que vous voulez? n'y a-t-il pas déjà assez de cercles?

- Non, mon cher préfet, et, puisque l'occasion s'en présente, laissez-moi vous dire que le gouvernement
ne favorise pas assez le développement de la vie mondaine à Paris. Quand le luxe va à Paris, la

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