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Hector Malot - Baccara
- Et c'est un cercle s'administrant lui-même que vous voulez fonder?
- Oh! non; nous avons à côté de nous, derrière nous, une société représentée par un gérant qui aura la responsabilité de la question financière; sans quoi, vous comprenez bien que je n'aurais pas accepté les fonctions de président.
Cette fois le préfet ne laissa échapper aucune exclamation de surprise, mais il regarda Adeline en homme qui se demande si on se moque de lui.
Adeline n'était-il pas le bon provincial qu'il avait cru jusqu'à ce jour? était-il au contraire un roublard qui s'enveloppait de bonhomie? ou bien encore était-il plus profondément provincial qu'on ne pouvait décemment l'imaginer pour un collègue?
Il fallait voir.
- Et quel est ce gérant?
- Un ancien notaire de province.
- Il se nomme?
- Maurin.
C'était là un nom qui n'apprenait rien au préfet, il y a tant de gens qui s'appellent Morin ou Maurin?
- J'ai eu les meilleurs renseignements sur lui, dit Adeline, allant au-devant d'une nouvelle question.
- Je n'en doute pas; sans quoi vous ne l'auriez pas accepté, car ce n'est pas à un homme comme vous qu'il est utile de faire remarquer qu'un gérant... un mauvais gérant, peut entraîner loin et même très loin le président et les administrateurs d'un cercle; vous savez cela comme moi.
Cela ne fut pas dit sur le ton d'une leçon, ni comme un avertissement direct; mais, cependant, il y avait dans l'accent une gravité qui devait donner à réfléchir.
- Nous n'aurons rien à craindre de ce côté, dit Adeline en pensant à son ami le vicomte, qui serait le véritable gérant sous le nom de Maurin, beaucoup plus qu'à l'ancien notaire, qu'il connaissait à peine.
Évidemment, s'il avait pu nommer le vicomte de Mussidan, le préfet aurait gardé son observation pour lui, ou plutôt elle ne lui serait pas venue à l'esprit, mais c'eût été une indiscrétion: le vicomte avait des raisons respectables pour vouloir rester dans la coulisse, il convenait de l'y laisser.
- Et quels sont avec vous les membres fondateurs? demanda le préfet.
- Voici les noms de ceux qui ont signé la demande avec moi, répondit Adeline en tirant une feuille de papier de sa poche.
Le préfet lut les noms:
- Duc d'Arcala, comte de Cheylus, Bunou-Bunou, général Castagnède...
A ce nom, il fit une pause, car ce général était celui-là même qu'on appelait le général Epaminondas dans le Midi, et il le connaissait.
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