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Hector Malot - Baccara

- ...Mais j'ai été heureux de mettre à sa disposition une cinquantaine de mille francs... et même plus s'il en
avait besoin.

- Et il a refusé?

- Parfaitement.

- Tu n'as pas insisté?

- Tant que j'ai pu; je me suis même fâché; ce refus était une offense à ma sympathie, à mon amitié, enfin
tout ce qu'on peut dire.

- Il n'en a donc pas besoin?

- Crois-tu que mon enquête à Elbeuf a été mal menée? il est gêné, très gêné; s'il marche encore, il ne peut
pas tarder à s'arrêter. Tandis que ses concurrents, les fabricants moins haut placés que lui, se sont

conformés aux exigences du commerce et ont produit ce qu'on leur demandait, il s'est entêté à fabriquer

le genre de sa maison, et on n'en veut plus, du genre de sa maison; il faisait bien, il veut continuer à bien

faire; c'est grand, c'est noble, c'est sublime, seulement ça l'a mené où il est arrivé.

- Alors comment n'a-t-il pas accepté ton offre?

- Affaire de dignité; un homme comme lui n'accepte pas un prêt qu'il n'a pas demandé: il aurait fallu qu'à
mon éloquence s'ajoutât la musique des fafiots.

Elle réfléchit un moment:

- Il faut recommencer.

- Toi?

- Non, toi.

- J'en arrive.

- Tu y retourneras, et dès demain matin; seulement cette fois tu pourras jouer du fafiot. Je vais te
signer un chèque de cinquante mille francs; tu iras le toucher demain matin, à l'ouverture des bureaux, et

aussitôt tu courras chez Adeline. Tu lui diras que tu as pensé à lui toute la nuit et que tu lui apportes les

cinquante mille francs que tu lui as proposés, que c'est te fâcher de les refuser, enfin tout ce qui te passera

par la tête.

- Il aura de la défiance.

- De quoi et pourquoi? tu ne lui as jamais rien demandé; quand plus tard il verra qu'on lui demande
quelque chose, il sera si bien pris qu'il ne pourra plus se dépêtrer. Tu disais qu'il t'aurait fallu la musique

des fafiots; tu l'auras; à toi d'en jouer de manière à réussir. Le moment est décisif, profitons-en.

Jamais nous ne retrouverons un homme comme ce brave provincial qui, tout naïf qu'il soit, n'en a pas

moins de l'influence à la Chambre et, ce qui vaut mieux, auprès des gens du gouvernement. Ce n'est pas à

lui qu'on pourra répondre comme à ce pauvre Cheylus.

- Pourquoi diable l'as-tu pris, celui-là?

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