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Hector Malot - Baccara

- Malheureusement nous sommes, à cause de ma mère, obligé à de grands ménagements; vous savez
quelle est la sévérité de ses principes religieux.

- Je sais par ma mère ce que beut être cette sevérité; et je fous afoue que je ne lui ai
bas
même barlé de ce mariage, qui pour nous n'est pas moins difficile que pour vous, car
c'est la première fois que l'un te nous pense à épouser une chrétienne: il a fallu l'amour de Michel

pour me décider moi-même; vous savez le préjugé, la tradition, la fierté!

- Vous comprenez donc que nous hésitions avant d'en parler à ma mère; il faut des précautions, des
préparations, sans quoi nous nous heurterions à un refus formel.

- Je gomprends.

- Il est bon aussi que les jeunes gens se connaissent mieux; ma fille n'a que dix-huit ans, et j'ai toujours
désiré ne pas la marier trop jeune.

- Chez nous, fous safez, on se marie cheune; ma mère s'est mariée à quinze ans.

- Enfin je vous demande du temps.

- Oh! barfaitement, nos cheunes chens beuvent attendre; moi j'ai pien été
viancé
avec ma femme pendant cinq ans, et quand nous nous sommes mariés j'aurais pien
attendu encore.

Il dit cela avec son bon rire.

A ce moment on entendit une main tourner le bouton de la porte du bureau.

- N'endrez bas, n'endrez bras! s'écria M. Eck, n' endrez bas, hein!

Cependant la porte s'ouvrit devant une petite vieille vêtue de noir, avec un châle sur les épaules, le front
caché par un bandeau de velours posé en avant de son bonnet d'Alsacienne; son visage tout ridé avait un

air d'austérité et d'autorité corrigé par une expression affable: c'était madame Eck.

- J'ai cru que c'était un gommis! s'écria le père Eck, est se levant vivement, pour aller au-devant
d'elle avec toutes les marques du regret et du respect.

- C'est bien, dit-elle, il n'y a pas de faute.

Et tout de suite s'adressant à Adeline:

- J'ai appris que vous étiez dans la maison et je suis descendue pour vous exprimer toute ma
reconnaissance au sujet des paroles que vous avez prononcées sur la tombe de mon gendre; j'aurais voulu

le faire depuis longtemps déjà, mais vous savez que je ne sors pas. Pardonnez-moi de vous avoir dérangé,

je vous laisse à vos affaires.

- Et elle sortit, marchant avec raideur, redressant sa petite taille courbée.

- Ah! Monsieur Ateline, Monsieur Ateline, s'écria le père Eck quand la porte fut refermée, ma
mère vient de faire pour fous ce que je ne lui ai chamais fu faire bour bersonne;

ça fa pien, ça fa pien!

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