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Hector Malot - Baccara

- Le temps est passé des belles occasions; tu le sais mieux que moi.

- Je vais chez le père Eck, dit-il pour couper court à ces observations, cela n'engage à rien de prendre du
temps.

Adeline trouva Berthe dans le vestibule; elle ne lui dit rien, mais en l'embrassant elle lui serra la main
dans une étreinte où elle avait mis toutes ses espérances et aussi l'émotion attendrie de sa reconnaissance.

La fabrique des Eck et Debs n'est pas dans le vieil Elbeuf, mais dans le nouveau, celui qui confine à
Caudebec, là, où de vastes espaces permettaient après la guerre, la libre construction d'un établissement

industriel tel qu'on le comprend aujourd'hui: isolé, d'accès commode, avec des dégagements, un sol stable

reposant sur une couche d'eau facile à atteindre et assez abondante pour le lavage des laines et le

dégraissage ainsi que le foulage des draps en pièces. Construite en briques rouges et blanches, elle

occupe entièrement un îlot de terrain compris entre quatre rues se coupant à angle droit; sur trois de ces

rues se dressent ses hautes murailles percées de larges châssis vitrés, et sur la quatrième s'ouvre, entre les

bureaux et les magasins surmontés de l'appartement particulier de M. Eck, la grande porte qui laisse voir

une cour carrée au fond de laquelle le balancier de la machine lève et abaisse ses deux bras.

Quand Adeline arriva à la porte, il faisait nuit noire depuis longtemps déjà, mais par les fenêtres
tombaient des nappes de lumière qui éclairaient la rue au loin; les métiers battaient, les broches

tournaient, de la cour montait le ronflement des machines en marche, et dans le ruisseau coulait une

petite rivière d'eaux laiteuses qui fumaient.

Quand Adeline ouvrit la porte du bureau, il aperçut le père Eck travaillant avec ses deux fils et un de ses
neveux autour de lui penchés sur leurs pupitres.

- Quelle force vraiment que l'association! dit-il en serrant la main au père Eck et en saluant les jeunes
gens affectueusement.

- Les autres sont tans la fabrique, dit le père Eck, à leur poste.

Devant les jeunes gens, Adeline voulut donner un prétexte à sa visite:

- Je viens voir vos métiers fixes, ma femme m'a dit que vous en étiez satisfait.

- Très satisfait; je fais appeler Michel pour qu'il fous les montre, c'est son affaire.

Il pressa le bouton d'une sonnerie électrique et Michel ne tarda pas à arriver; en apercevant Adeline, il
s'arrêta un court instant avec un mouvement de surprise et d'hésitation.

- C'est M. Ateline qui fient foir nos métiers fixes, dit le père Eck.

Tout en suivant Adeline et son oncle, Michel se demandait si c'était vraiment le désir de voir les métiers
fixes qui était la cause de cette visite: ce serait bien étrange après la demande adressée la veille à madame

Adeline! Mais, si anxieux qu'il fût, il ne pouvait qu'attendre.

Aussi les explications qu'il donna à Adeline sur les perfectionnements qu'il avait apportés à ces métiers
manquèrent-elles de clarté: son esprit était ailleurs.

Heureusement son oncle lui vint en aide:

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