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Hector Malot - Baccara

- Eh bien! non! je ne suis pas aussi favorable au mariage qu'au mari.

Evidemment, elle ne s'attendait pas du tout à cette réponse; elle pâlit et resta un moment sans trouver une
parole.

- Tu as des raisons pour t'y opposer? dit-elle enfin.

- Il y a des raisons qui lui sont contraires.

- Des raisons... graves?

- Malheureusement.

- Qui te sont personnelles?

- Qui viennent de ta grand'mère et de notre situation.

- Mais on peut se marier, dit-elle vivement avec feu, sans abjurer sa religion; la femme d'un juif ne
devient pas juive; un juif qui épouse une chrétienne ne se fait pas chrétien; chacun garde sa foi.

- C'est à ta grand'mère qu'il faut faire comprendre cela, et ce n'est pas chose facile; me le dire à moi, c'est
prêcher un converti; tu sais comme ta grand'mère est rigoureuse pour tout ce qui touche à sa foi, et,

d'autre part, elle est d'une époque où les juifs étaient victimes de préjugés qui pour elle ont conservé toute

leur force.

Ils étaient arrivés à un endroit où le chemin bourbeux les obligea à se séparer; sur le sol plat et argileux,
l'eau de la nuit ne s'était point écoulée et elle formait çà et là des flaques jaunes qu'il fallait tourner ou

sauter.

- Et quelles sont les raisons qui viennent de notre situation? demanda-t-elle.

- Tu les as pressenties tout à l'heure en me demandant si Michel Debs savait la vérité sur nos affaires. S'il
connaît la vérité et veut t'épouser, c'est, comme tu le dis très bien, qu'il t'aime, et qu'avant la fortune il fait

passer la femme. Il t'épouse pour toi, non pour ta dot; pour ta beauté, pour tes qualités, parce que tu lui

plais, enfin parce qu'il t'aime.

- Cela est possible, n'est-ce pas?

- Assurément; mais le contraire aussi est possible; c'est-à-dire que, tout en étant sensible à tes qualités,
Michel Debs peut l'être aussi à la fortune qui semble devoir te revenir un jour; au lieu d'un mariage

d'amour tel que nous le supposons dans le premier cas, il s'agit alors simplement d'un mariage de

convenance: l'un des associés de la maison Eck et Debs trouve que c'est une bonne affaire d'épouser la

fille de Constant Adeline et il la demande. Note bien, mon enfant, que je ne dis pas que cela soit, mais

simplement que cela peut être. Alors que se passe-t-il quand il apprend que cette affaire, au lieu d'être

bonne, comme il le croyait, est médiocre ou même mauvaise? Il ne la fait point, n'est-ce pas? et c'est un

mariage manqué. Je ne voudrais pas de mariage manqué pour toi. Et je n'en voudrais pas pour nous. Pour

toi ce serait humiliant; pour nous ce serait désastreux. C'est quand le crédit d'une maison est ébranlé qu'il

faut de la prudence; et ce ne serait point être prudent que de nous exposer à donner un aliment aux

bavardages du monde. N'entends-tu pas ce qu'on ne manquerait pas de dire: «Pourquoi Michel Debs

n'a-t-il pas épousé Berthe Adeline? - Parce qu'il n'a pas voulu d'une fille ruinée.» Parler couramment de

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