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Hector Malot - Baccara

parlant des intonations d'une douceur qu'il n'avait pas avec les autres, ni avec Marie qui est mieux que
moi, ni avec Claire qui est dans une situation de fortune supérieure à la nôtre, ni avec Suzanne, ni avec

Madeleine, mais... les choses n'avaient jamais été plus loin.

- Maintenant elles ont marché, et il dépend de toi qu'elles en restent là s'il ne te plaît point.

- Je ne dis pas cela.

- Dis-tu qu'il te plaît?

- Il est très bien.

Devant ces réticences il revint à son idée: peut-être ne voulait-elle pas de ce mariage, et n'osait-elle pas
l'avouer; il fallait lui venir en aide:

- Il est vrai qu'il est juif.

Elle se mit à rire franchement:

- Et qu'est-ce que tu veux que ça me fasse qu'il soit juif?

IX

L'éclat de rire était si naturel et le mot qui l'accompagnait sortait si spontanément du coeur que la preuve
était faite: l'affaiblissement de préjugé dont Adeline avait parlé à sa femme se réalisait: féroce chez la

grand'mère, résistant encore chez la mère, il n'existait plus chez la fille; il avait si bien disparu qu'elle en

riait. «Qu'est-ce que tu veux que ça me fasse qu'il soit juif?»

- Si cela ne te fait rien qu'il soit juif, dit Adeline après un moment de réflexion, il n'en est pas de même
pour ta grand'mère.

- Elle est opposée à M. Debs, n'est-ce pas? demanda Berthe d'une voix qui tremblait.

- Peux-tu en douter?

- Et maman?

- Ta mère n'avait jamais pensé à ce mariage, mais elle n'y fera pas d'opposition si de ton côté tu le
désires?

- Et toi, papa?

Cela fut demandé d'une voix douce et émue qui remua le coeur du père.

- Tu sais bien que je ne veux que ce que tu veux.

Elle se serra contre lui.

- C'est justement pour cela qu'il faut que tu t'expliques franchement. Tu dois comprendre que ce n'est pas
pour t'obliger à te confesser que je te presse; que ce n'est pas pour lire dans ton coeur et pour te forcer,

sans un intérêt majeur, à y lire toi-même. Je sens très bien que c'est un sujet délicat sur lequel une jeune

fille à l'âme innocente comme l'est la tienne voudrait ne pas se prononcer et sur lequel un père, crois-le

bien, voudrait n'avoir pas à appuyer. Mais il le faut.

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